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	<title>CJL - NITSA : Dialogue</title>
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		<title>Vous le savez - Vayikra 5772</title>
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		<dc:creator>le rabbin Pauline Bebe</dc:creator>

<category domain="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique15">Drashot du rabbin Pauline BEBE</category>


		<description>Drasha du Rabbin Pauline Bebe - &#8232;Shabbath hahodesh &#8211; 23 Mars 2012 &lt;br /&gt;Vous le savez, il est rare que je parle de l'actualit&#233; dans mes drashoth (1), pensant qu'&#224; la source jaillissante des paroles de la Torah, vous trouverez comme moi une inspiration pour votre vie quotidienne et puis parce que la synagogue est comme un havre de paix qui nous prot&#232;ge du monde ext&#233;rieur ; le shabbath nous donne un surplus d'&#226;me neshama yetera (2) qui nous illumine comme les bougies (...)


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&lt;a href="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;Drashot du rabbin Pauline BEBE&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Drasha du Rabbin Pauline Bebe - &#8232;Shabbath hahodesh &#8211; 23 Mars 2012&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vous le savez, il est rare que je parle de l'actualit&#233; dans mes drashoth (1), pensant qu'&#224; la source jaillissante des paroles de la Torah, vous trouverez comme moi une inspiration pour votre vie quotidienne et puis parce que la synagogue est comme un havre de paix qui nous prot&#232;ge du monde ext&#233;rieur ; le shabbath nous donne un surplus d'&#226;me neshama yetera (2) qui nous illumine comme les bougies du shabbath. Je ne vais pas manquer &#224; la r&#232;gle et je vais parler de Torah mais en la liant encore davantage cette fois &#224; une actualit&#233; qui interroge, secoue, scandalise, nous fait verser des larmes, nous d&#233;chire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Vayikra (3), &#171; il appela &#187; comment se fait-il disent les rabbins que Dieu ait eu besoin d'appeler Mo&#239;se ? Mo&#239;se son serviteur bien-aim&#233;, &#224; qui il avait parl&#233; panim el panim (4) face &#224; face, n'&#233;tait-il pas attentif, &#224; l'&#233;coute, tout ou&#239; ? Fallait-il que l'Eternel l'appelle pour qu'il lui pr&#234;te l'oreille, qu'il entende, qui le comprenne ? Peut-&#234;tre &#233;tait-il trop occup&#233; &#224; &#233;crire le d&#233;tail de la loi pour entendre ce que Dieu avait &#224; lui dire ? Mo&#239;se a-t-il sursaut&#233; comme un &#233;l&#232;ve endormi que l'on sort brutalement de ses r&#234;ves pour l'&#233;veiller &#224; une r&#233;alit&#233; qu'il fuit ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors peut-&#234;tre que nous aussi sommes sourds &#224; des appels parce que trop persuad&#233;s de notre bon droit, dans un confort douillet de nos convictions ronronnantes &#8211;il est des moments o&#249; il faut appeler, crier, ne pas laisser faire, ne pas laisser dire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces derniers jours, des enfants et des adultes ont &#233;t&#233; monstrueusement assassin&#233;s parce qu'il &#233;taient juifs, musulmans, noirs, parce que dans l'esprit d'un fou fanatique certains ont &#233;t&#233; au service d'un &#233;tat d&#233;mocratique pour lutter contre le terrorisme, pour les autres par pur antis&#233;mitisme. Cet homme est mort, et de m&#234;me que nous ne devons pas nous r&#233;jouir de la mort des Egyptiens qui eux aussi ont tu&#233; des enfants, nous ne devons pas nous r&#233;jouir de la mort d'un ennemi. Ne pas nous r&#233;jouir non plus parce qu'au-del&#224; d'un homme qui fait grimacer le visage de l'humanit&#233;, le fondamentalisme n'est pas &#233;radiqu&#233;. Qu'il ne s'agit pas d'une communaut&#233; qui a &#233;t&#233; victime comme on a pu l'entendre dire mais de toute la communaut&#233; humaine qui a &#233;t&#233; frapp&#233;e. &#171; Lorsque l'on sauve une vie, c'est comme si l'on avait sauv&#233; le monde entier dit le Talmud(5), et aussi lorsque l'on tue une vie, c'est comme si l'on tuait le monde entier &#187;. Alors non, on en fait pas &#171; trop &#187; pour des enfants qui ont &#233;t&#233; poursuivis au sein m&#234;me de leur &#233;cole, pour des familles qui ont &#233;t&#233; plong&#233;es dans la trag&#233;die d'un instant &#224; l'autre et qui ne pourront plus jamais reprendre le cours de leur vie de la m&#234;me fa&#231;on. Nous pleurons avec elles les rires que l'on entendra plus, les sourires que l'on ne verra plus, et nous pleurons la d&#233;figuration du monde par de tels actes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous ne pouvons accepter que ces morts soient banalis&#233;es, nous ne pouvons accepter que de tels actes soient commis au nom d'une religion quelle qu'elle soit, et les perp&#233;trer en mentionnant le nom divin est un blasph&#232;me. Nous ne pouvons assimiler des croyants respectueux de la vie humaine avec des fondamentalistes terroristes qui ne cherchent qu'&#224; d&#233;truire. Nous partageons l'angoisse de tous ces parents qui ont peur de voir leurs enfants &#234;tre s&#233;duits, d&#233;tourn&#233;s, embrigad&#233;s dans ces mouvements qui pr&#244;ne la haine, le mensonge et la destruction.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi le alef (6) de Vayikra est-il plus petit ? Peut-&#234;tre parce que chaque fois que l'ombre, l'obscurantisme gagne sur la lumi&#232;re, la r&#233;flexion, la pond&#233;ration, l'alef (7) de Dieu se r&#233;tr&#233;cit, l'&#234;tre humain foule les pieds de la shekhina (8), comme en nous m&#234;me notre humanit&#233; se r&#233;tr&#233;cit, l'&#233;tincelle divine vacille.
Alors c'est &#224; nous d'appeler vayikra (9), de r&#233;veiller nos consciences pour clamer haut et fort que l'&#233;thique vaincra sur la violence, que le sort de chaque &#234;tre humain quelle que soit sa couleur de peau, ses convictions, sa religion, son origine, que le sort de chaque &#234;tre humain est de notre ressort, que nous ne pouvons fermer les yeux, boucher nos oreilles devant la souffrance, l'injustice, l'iniquit&#233;. Mon prochain me concerne, je suis le gardien de mon fr&#232;re (10). Nous devons lever la voix, Vayikra, nous devons &#234;tre vigilants &#224; la parole, aux actes, aux pens&#233;es qui s'infiltrent sournoisement dans nos c&#339;urs pour les rendre de pierre, nous devons nous rappeler &#224; notre humanit&#233;, rappeler l'autre &#224; son humanit&#233;. C'est notre devoir de juifs, c'est notre devoir d'&#234;tre humain. Que la lumi&#232;re du shabbath apporte le r&#233;confort aux endeuill&#233;s et la force &#224; l'humanit&#233; de se relever.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rabbin Pauline Bebe&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1 sermons
2 &#226;me suppl&#233;mentaire
3 L&#233;v. 1:1. Premier mot du texte lu cette semaine dans la Torah (parasha)
4 Ex.33:11
5 M. Sanh. 5:5
6 La derni&#232;re lettre du mot est &#233;crite sur la parchemin de la Torah dans une &#233;criture plus petite que les autres
7 La letter alef a &#233;t&#233; souvent associ&#233; &#224; Dieu et au chiffre 1
8 La Pr&#233;sence Divine
9 Il appela-L&#233;v.1.1
10 cf. Gen.4:9 o&#249; Ca&#239;n qui vient de tuer Abel dit : &#171; Suis-je le gardien de mon fr&#232;re ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.cjl-paris.org/Vous le savez-vayikra5772.pdf&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Vous pouvez t&#233;l&#233;charger ce texte au format PDF&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ekev, le talon, la trace et puisque, par voie de cons&#233;quence, What is the link between these three meanings ?</title>
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<category domain="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique15">Drashot du rabbin Pauline BEBE</category>


		<description>The very name of this parasha is a drash in of itself &#171; Ekev &#187; ; no need to go further. Sometimes a mere utterance is worth a long speech. As one of my teachers, rabbi Lionel Blue, used to say, you should always say the essential within five minutes. He must be right, proof being that he was elected the most popular broadcaster on the BBC radio for his thoughts for the day program ! Ekev, le talon, la trace et puisque, par voie de cons&#233;quence, What is the link between these three meanings ? (...)

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&lt;a href="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;Drashot du rabbin Pauline BEBE&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;The very name of this parasha is a drash in of itself &#171; Ekev &#187; ; no need to go further. Sometimes a mere utterance is worth a long speech. As one of my teachers, rabbi Lionel Blue, used to say, you should always say the essential within five minutes. He must be right, proof being that he was elected the most popular broadcaster on the BBC radio for his thoughts for the day program ! Ekev, le talon, la trace et puisque, par voie de cons&#233;quence, What is the link between these three meanings ? Ekev means a &#8220;heel&#8221;, a &#8220;trace&#8221;, &#8220;since&#8221; or &#8220;by way of consequence&#8221;. What is the link between these three meanings ? The first one is quite obvious : avec nos talons nous laissons les traces de notre passage. Les traces physiques mais aussi les traces spirituelles. Les psychologues disent que le petit enfant cherche &#224; voir la trace qu'il laisse dans la r&#233;alit&#233; qui l'entoure, son empreinte dans un environnement modifi&#233; par son passage ; ainsi il peut contempler sans fin, les ronds produits par les galets qu'il lance au ras de l'eau. Les ronds s'agrandissent &#224; l'infini pour dispara&#238;tre dans l'immensit&#233; oc&#233;ane. Mais nous sommes tous de grands enfants &#8211; la Bible nous appelle les benei israel pour nous le rappeler quotidiennement ! Les grands enfants que nous sommes, aimons aussi laisser des traces et ainsi avoir l'impression que le monde sera un peu diff&#233;rent lorsque nous le quitterons ; Nous imprimons notre &#171; moi &#187; en construisant, en parlant, en chantant, en essayant de faire le bien autour de nous ; Nous voulons impressionner ; Les traces, c'est notre m&#233;moire et ce que nous voulons l&#233;guer &#224; nos enfants. Nous d&#233;sirons laisser la trace de nos pas, de nos errances, de nos r&#234;ves. C'est une mani&#232;re de tromper la mort, de faire un pied de nez &#224; la finitude, de donner un espoir &#224; l'&#233;ternit&#233;. The first one is quite obvious : with our heels, we leave behind traces of our passage ; Physical traces, but spiritual traces as well. Psychologists say that a young child seeks to see the traces he or she leaves in the reality that surrounds the child &#8211; the footprint in an environment modified by his or her passage, contemplating the endless circles produced by the pebble thrown from the water's edge. The circles grow larger endlessly, disappearing in the vast ocean space. But really we are all big kids &#8211; the Bible emphasizes this by calling us all the time, Benei Yisrael, &#8220;the children of Israel&#8221; as a daily reminder ! The big kids that we are, also like leaving traces, having the impression that the world will be a little bit different when we leave it. We print our &quot;I&quot; in constructing, in talking, in singing, in trying to do good around us. We want to &#8220;impress&#8221;. The traces are our memory and what we wish to bequeath to our children. We wish to leave the trace of our steps, of our wanderings, of our dreams. It is our way of cheating death, of thumbing our noses at finitude, of giving hope to eternity. Mais les traces nous aimons aussi les effacer, passer le curseur &#171; delete &#187; sur les ombres de notre vie comme la gomme &#224; fusain sur les traits d'une esquisse qui s'&#233;garent. Peut-&#234;tre que la teshouva est ce typex qui efface ce dont nous ne voulons pas nous souvenir, la m&#233;moire qui flanche aussi ; nous choisissons nos souvenirs, nous r&#233;&#233;crivons notre histoire en ne retenant souvent que les faits glorieux et tant mieux ! Le hassid ne nous dit-il pas : &#171; vos vies sont comme des palimpsestes, n'&#233;crivez sur eux que ce que vous souhaitez que l'on retienne &#187;. L'enfant qui aime construire ces chateaux de sable avec minutie et patience, ne va-t-il pas d'un seul coup rageur d&#233;truire son &#339;uvre ! Est-ce parce qu'elle n'&#233;tait pas destin&#233;e &#224; survivre ou pour le plaisir de d&#233;truire que malheureusement souvent nous gardons en grandissant. But we also like to erase our tracks, move the cursor to &quot;delete&quot; on the shadows of our lives, as a gum charcoal on the features of a sketch that have strayed. Maybe Teshouva is that white out which erases that which we do not want to remember, maybe it is the selective memory itself that falters. We choose our memories. We rewrite our history, retaining only the glorious facts &#8211; all the better ! Does not the Hassid say : &#8220;our lives are like palimpsests, write on them only what you want to be remembered.&#8221; The child who likes to build castles with thoroughness and patience, isn't he going to destroy his work in one raging blow ? Is it because it was not meant to survive, or is it for the pleasure of destroying, which we unfortunately relish even when grown up ? La c&#233;l&#232;bre chanson fran&#231;aise les feuilles mortes le dit :
&#171; Mais la vie s&#233;pare ceux qui s'aiment, Tout doucement, sans faire de bruit Et la mer efface sur le sable Les pas des amants d&#233;sunis &#187;. The famous French song &#8220;Autumn Leaves,&#8221; by Jacques Pr&#233;vert says it :
&#8220;But life separates those who love intensely,
Very slowly, without so much as a sound,
And the sea invades the sand and erases
The steps of divided lovers.&#8221; Nous voulons effacer nos amours d&#233;&#231;us, nos petitesses, nos &#233;troitesses, lorsque nous avons honte de nous-m&#234;mes, que nous ne pouvons plus contempler notre reflet dans le regard de l'autre et y voir l'&#233;tincelle divine. Et le philosophe Jacques Derrida de dire : &#171; Une trace ineffa&#231;able n'est pas une trace &#187;. (L'&#233;criture et la diff&#233;rence) We want to erase our deceptions in love, our pettiness, our narrowness, when we are ashamed of ourselves, when we are unable to contemplate our reflection in the look of the other and see in it our Divine spark. And the philosopher Jacques Derrida says : &#8220;A trace that you cannot erase is not a trace.&#8221; (Writing and Difference) Outre le talon et la trace, le mot ekev veut dire aussi &#171; si, puisque, par voie de cons&#233;quence &#187;. Il nous indique qu'aucune de nos actions n'est sans cons&#233;quence, que chaque cause a un effet. Et cela, le lien indestructible, in&#233;luctable entre le pas et la trace qu'il laisse, entre le mot prononc&#233; et les effets qu'il produit sur celui ou celle qui l'&#233;coute ou l'entend, cela nous l'oublions. In addition to the &#8220;heel&#8221; and the &#8220;trace,&#8221; the word ekev also has the meanings of &#8220;if, since, by way of consequence&#8221;. It indicates that none of our actions are without consequences, that every cause has an effect. And this very fact, this indestructible link between the step and the trace that it leaves behind, between the word that was uttered and the effect it produces on the one who listens or hears, this we forget. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment le sens de la parasha ; &#8216;vehaya im ekev tishmeoun eth hamishpatim&#8230; et si vous &#233;coutez ces lois ; Bien s&#251;r on ne sait pas mesurer la cons&#233;quence de nos actions, on ne sait pas si et comment Dieu intervient dans nos vies et ce n'est certainement pas par ce que l'on observerait les commandements, que l'on serait r&#233;compens&#233; et &#224; l'inverse puni si on ne les observe pas ; cette th&#233;ologie l&#224; ne nous correspond pas, elle est impossible apr&#232;s la Shoa et posait d&#233;j&#224; probl&#232;me &#224; Job et aux rabbins du Talmud c'est pour cette raison que le second paragraphe du shema est parfois omis dans nos synagogues lib&#233;rales ou dit &#224; voix basse. And this is precisely the meaning of our parasha : &#8220;vehaya im ekev tishmeoun et hamishpatim.. if you pay heed to these laws.&#8221; True we really don't know how to measure the consequences of our actions. We don't know if and how God intervenes in our lives &#8211;and this is certainly not because we would observe commandments that we would receive a reward, or inversely, a punishment should we not observe them ; This theology simply does not correspond to us. It is impossible to hold after the Shoah, and was already a problem for Job and for the rabbis of the Talmudic times. For that very reason the second paragraph of the shema is sometimes omitted in our synagogues, or read silently. Mais Ekev garde un sens, celui d'affirmer qu'on doit faire le bien non pas pour la r&#233;compense : ne soyez pas comme des serviteurs qui attendent un salaire &#187; (Avoth 1,3) mais pour le bien intrins&#232;que du bien. Notre faiblesse est d'&#234;tre oublieux, fantaisistes, de penser &#171; personne ne le saura &#187;, de penser qu'un seul moment de r&#234;verie peut passer inaper&#231;u. C'est l&#224; notre talon d'Achille ; notre faiblesse fatale. Rappelons-nous que la m&#232;re d'Achille Th&#233;tis trempa son fils dans les eaux du Styx, afin de le rendre invuln&#233;rable. Cependant, pour le plonger dans le fleuve, elle le tenait par le talon. C'est &#224; cause d'une fl&#232;che empoisonn&#233;e re&#231;ue dans la seule partie vuln&#233;rable de son corps qu'Achille mourut. Notre talon d'Achille, c'est notre capacit&#233; &#224; l'insouciance, d'oublier que la roche Tarp&#233;ienne est proche du capitole, qu'un instant d'inattention peut transformer nos vies radicalement, totalement, et un voile nous cache l'avenir taloumoth les secrets sont leolam pour toujours &#233;clips&#233;s. But Ekev still has a meaning. It affirms the fact that we must do good, not for a reward : &#8220;Don't be like servants waiting for their rewards&#8221; (Pirke Avot 1:3) but rather for the intrinsic value of doing good. Our weakness is to be forgetful, fanciful, to think &#8220;who will know ?&#8221;, to believe that one single moment of daydreaming can go unnoticed. It is our Achilles heel. Let us remember that Achille's mother Th&#233;tis dipped her son in the waters of the Styx so that he would become invulnerable, however, in order to plunge him into the river, she held him by the heel. It is because of a poisoned arrow that he receives in the only vulnerable part of his body that Achille eventually dies. Our Achille's heel, is our capacity for heedlessness, to forget that the the Tarpeian rock is close to the Capitoline Hill (the Latin expression : &#8220;Arx tarpeia Capitoli proxima&#8221;), that one moment of inattention can transform our lives radically, and a veil covers the future ta'alumot secrets are leolam eclipsed. Notre anc&#234;tre yaakov (m&#234;me racine que ekev) porte en lui cette trace d'humanit&#233;, il se bat avec la connaissance des cons&#233;quences de ses actions comme l'ont fait avant lui les parents de l'humanit&#233; adam et eve en goutant de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Alors comprenons vite que nous laissons des traces, sachons effacer celles qui grimacent pour ne garder que celles qui sourient &#224; la vie car comme le dit le po&#232;te : Our ancestor Jacob, Ya'akov (same root as Ekev), carries in himself this trace of humanity, he fights with the knowledge of the consequences of his actions, as did before him the parents of humanity Adam and Eve when they tasted the tree of knowledge of good and bad. So let us understand quickly that we leave traces ; let us know how to erase the ones that are grimacing in order to keep only the ones that smile to life as the poet would say : Remember ! Souviens-toi ! prodigue ! Esto memor ! (Mon gosier de m&#233;tal parle toutes les langues.) Les minutes, mortel fol&#226;tre, sont des gangues Qu'il ne faut pas l&#226;cher sans en extraire l'or ! Souviens-toi que le Temps est un joueur avide Qui gagne sans tricher, &#224; tout coup ! c'est la loi. Le jour d&#233;cro&#238;t ; la nuit augmente ; souviens-toi ! Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.
Baudelaire (L'Horloge) Remember ! Souviens-toi, spendthrift ! Esto memor !
(My metal throat can speak all languages.)
Minutes, blithesome mortal, are bits of ore
That you must not release without extracting the gold ! Remember, Time is a greedy player
Who wins without cheating, every round ! It's the law.
The daylight wanes ; the night deepens ; remember !
The abyss thirsts always ; the water-clock runs low.
Baudelaire (The Clock) Rabbi Pauline Bebe,
Communaut&#233; Juive Lib&#233;rale, Centre Maayan &#8211; Paris, France&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Un membre actif d'un groupe appel&#233; &#171; juifs messianiques(1) &#187; est d&#233;c&#233;d&#233; r&#233;cemment. Sa famille qui est aussi active dans ce mouvement a demand&#233; qu'il soit enterr&#233; dans un cimeti&#232;re juif. Devons-nous lui accorder cette requ&#234;te ? (Rabbin S. Prystowsky, Laffayete Hill, PA)</title>
		<link>http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?article125</link>
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		<dc:creator>le rabbin Pauline Bebe</dc:creator>

<category domain="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique10">Le rabbin Pauline Bebe vous r&#233;pond</category>


		<description>Les &#8220;juifs messianiques &#187; pr&#233;tendent qu'ils sont juifs, mais nous devons nous demander si nous les consid&#233;rons comme juifs. Nous sommes dans l'impossibilit&#233; de le faire puisqu'ils reconnaissent J&#233;sus de Nazareth comme le Messie qui a accompli les promesses messianiques. En faisant cela, ils se sont clairement plac&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du christianisme. Il se peut qu'ils soient l&#233;g&#232;rement diff&#233;rents d'autres chr&#233;tiens en ce qu'ils suivent certains (...)

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&lt;a href="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Le rabbin Pauline Bebe vous r&#233;pond&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les &#8220;juifs messianiques &#187; pr&#233;tendent qu'ils sont juifs, mais nous devons nous demander si nous les consid&#233;rons comme juifs. Nous sommes dans l'impossibilit&#233; de le faire puisqu'ils reconnaissent J&#233;sus de Nazareth comme le Messie qui a accompli les promesses messianiques. En faisant cela, ils se sont clairement plac&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du christianisme. Il se peut qu'ils soient l&#233;g&#232;rement diff&#233;rents d'autres chr&#233;tiens en ce qu'ils suivent certains rites ou rituels juifs, mais cela n'en fait pas des juifs. Apr&#232;s tout, les Adventistes du septi&#232;me jour c&#233;l&#232;brent le samedi comme leur jour de repos et des &#233;glises chr&#233;tiennes noires continuent de marquer un certain nombre de f&#234;tes juives du calendrier. La th&#233;ologie et les croyances profondes des juifs messianiques les excluent du juda&#239;sme et les rendent chr&#233;tiens.
L'ouvrage ancien Evel Rabbati (Semahot 11) liste les apostats parmi ceux que la communaut&#233; n'a pas d'obligation &#224; enterrer. Bien que les codes qui ont suivi aient &#233;t&#233; d'accord, ils furent souples dans certaines circonstances, et la loi se d&#233;veloppa dans cette perspective, en imposant l'enterrement m&#234;me pour les apostats. Les opinions divergent autour de la question de ce qui doit &#234;tre fait pour &#171; l'honneur des morts &#187; et pour &#171; l'honneur des vivants &#187;. La seconde consid&#233;ration prime ; ce qui signifie que l'enterrement se fait dans un cimeti&#232;re juif mais sans &#233;loge fun&#232;bre ou takhrikhim, ni de p&#233;riode de deuil puisque ces derniers se font &#171; pour l'honneur des morts &#187; (Mo&#239;se Sofer, Responsa Yoreh Deah # 341 ; Tur, Yoreh Deah 344, 345 et commentaires). Bien s&#251;r, si la mort de l'apostat est soudaine, on consid&#232;re alors qu'il s'est repenti auparavant( Isserles sur Shoulhan Aroukh, Yor&#233; Deah 340 :5 ; Hoshen Mishpat 266 :2). Dans le cas qui nous pr&#233;occupe ici, la famille du d&#233;funt se consid&#232;re aussi comme des &#171; juifs messianiques &#187;, donc il n'est pas question de faire quoi que ce soit pour &#171; l'honneur des vivants &#187;.
Nous devrions aussi noter que dans certaines conditions de danger pour la communaut&#233;, l'enterrement pouvait &#234;tre refus&#233; et l'&#233;tait. (Nahmanides, Responsa #224 ; Jacob Levi, Responsa #49). Les &#171; juifs messianiques &#187; pr&#233;sentent un r&#233;el danger car ses membres se font passer pour juifs et induisent des juifs en erreur alors qu'en v&#233;rit&#233; ils sont chr&#233;tiens. Nous devrions refuser d'enterrer ce &#171; juif messianique &#187;, malgr&#233; son identification personnelle au juda&#239;sme, il &#233;tait chr&#233;tien.	Novembre 1985
Nous, rabbins du Conseil Rabbinique Kerem, r&#233;unis ce 7 mars 2011 &#224; Paris, reprenons &#224; notre compte la d&#233;cision du CCAR. Un juif qui se dit &#171; messianique &#187; ne pourra pas &#234;tre membre de nos communaut&#233;s et cette affiliation sera un motif d'exclusion.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(1) Ou &#171; juifs pour J&#233;sus&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;==============&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;CCAR responsum	Contemporary American Reform Responsa 67-Enterrement de &#8220;juifs messianiques&#8221;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



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		<title>Erev Rosh Hashana 5770 &#8211; Le devoir d'aimer</title>
		<link>http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?article124</link>
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		<dc:date>2009-10-23T10:17:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>le rabbin Pauline Bebe</dc:creator>

<category domain="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique15">Drashot du rabbin Pauline BEBE</category>


		<description>&#171; L'amour est enfant de boh&#232;me &lt;br /&gt;Il n'a jamais, jamais, connu de loi &lt;br /&gt;Si tu ne m'aimes pas, je t'aime &lt;br /&gt;Et si je t'aime, prends garde &#224; toi, &lt;br /&gt;chante Carmen, l'Andalouse sur la place de S&#233;ville, &lt;br /&gt;&#171; L'amour est un oiseau rebelle &lt;br /&gt;Que nul ne peut apprivoiser &lt;br /&gt;Et c'est bien en vain qu'on l'appelle &lt;br /&gt;S'il lui convient de refuser &#187;. &lt;br /&gt;Enfant de Boh&#232;me, oiseau rebelle, c'est ainsi que George Bizet dans son op&#233;ra, d&#233;crit la passion amoureuse qui ne se laisse brider, un sentiment (...)


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&lt;a href="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;Drashot du rabbin Pauline BEBE&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; L'amour est enfant de boh&#232;me&lt;br&gt;
Il n'a jamais, jamais, connu de loi&lt;br&gt;
Si tu ne m'aimes pas, je t'aime&lt;br&gt;
Et si je t'aime, prends garde &#224; toi,&lt;br&gt;
chante Carmen, l'Andalouse sur la place de S&#233;ville,&lt;br&gt;
&#171; L'amour est un oiseau rebelle&lt;br&gt;
Que nul ne peut apprivoiser&lt;br&gt;
Et c'est bien en vain qu'on l'appelle&lt;br&gt;
S'il lui convient de refuser &#187;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Enfant de Boh&#232;me, oiseau rebelle, c'est ainsi que George Bizet dans son op&#233;ra, d&#233;crit la passion amoureuse qui ne se laisse brider, un sentiment incontr&#244;lable qui fait taire notre raison et nous laisse esclaves de nos sens. L'amour est surprise, il &#233;tourdit nos sens, nous laisse abasourdi, incapable de juger, concevoir, raisonner, distinguer. Telle est la conception romantique de l'amour, issu d'une spontan&#233;it&#233; avec ses expressions qui l'accompagnent &#171; tomber amoureux &#187;, &#171; &#234;tre &#233;pris &#187;, &#171; avoir un coup de foudre &#187;. Dans la mythologie romaine, Cupidon, fils de V&#233;nus, est le dieu de l'amour. Il est souvent repr&#233;sent&#233; comme cet ing&#233;nu capricieux qui envoie des fl&#232;ches dans les airs et ne sait pas toujours qui en sera la cible, victime de l'amour. Dans le monde hell&#233;niste, c'est Eros ou Aphrodite, dieux de l'amour, des plaisirs et de la beaut&#233; qui sont tous deux passionn&#233;s, porteur d'un amour sans choix. Aphrodite, la d&#233;esse n&#233;e de l'&#233;cume des vagues, poss&#232;de une ceinture magique qui inspire un d&#233;sir imp&#233;rieux &#224; ceux qui la voient. Si on remonte dans le temps aux civilisations proches de l'&#233;poque biblique, les Sum&#233;riens, les Akkadiens et les Babyloniens connaissaient Innana ou Ishtar - &#224; l'origine du nom d'Esther - d&#233;esse de l'amour et de la volupt&#233;, irritable et redout&#233;e. Grande s&#233;ductrice, elle est consid&#233;r&#233;e comme une courtisane funeste qui est cruelle envers ses conqu&#234;tes. Que ce soit l'arc et les fl&#232;ches de Cupidon, la ceinture d'Aphrodite, la col&#232;re irr&#233;pressible d'Ishtar ou l'enfant de Boh&#232;me, l'amour est d&#233;crit dans de nombreuses civilisations comme magique, ing&#233;nu et impromptu, un sentiment qui vous saisit et vous capture, qui vous rend esclave et soumis, objet et non sujet.
Comment comprendre alors ces trois injonctions de la Torah &#171; veahavta lere&#233;kha kamokha tu aimeras ton prochain comme toi-m&#234;me (L&#233;v. 19 :18) ; &#171; veahavtem eth hager ki gu&#233;rim h&#233;yitem beeres mistrayim Vous aimerez l'&#233;tranger, car vous avez &#233;t&#233; &#233;trangers en Egypte (Deut. 10 :19) et (L&#233;v. 19 : 24) et cette phrase que nous r&#233;citons deux fois par jour dans le shema veahavata et Adona&#239; elo&#233;kha bekhol levavekha ouvekhol nafshekha ouvekhol meodekha &#171; Tu aimeras l'Eternel ton Dieu de tout ton c&#339;ur, de toute ton &#226;me et de tout ton pouvoir &#187; ? L'amour est-il ordonnance, commandement, devoir ou est-il spontan&#233;it&#233;, passion, d&#233;sir ? Existe-t-il une obligation d'aimer, un devoir d'amour, un art d'aimer ? L'amour se commande-t-il, s'apprend-il, se travaille-t-il ? L'amour est-il &#233;tat ou processus, spontan&#233;it&#233; ou ordonnance ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Marcel Proust &#233;crivait &#171; on a tort de parler en amour de mauvais choix, puisque d&#232;s qu'il y a choix, il ne peut &#234;tre que mauvais &#187;. S'il n'y a pas de choix en amour, c'est parce que l'amour ahava est un sentiment qui exige une forme de spontan&#233;it&#233;, de magie et de myst&#232;re. La Bible ne le nie pas, bien au contraire. Lorsque Jacob rencontre Rachel et con&#231;oit de l'amour pour elle, il est &#233;pris. Vient la magnifique phrase sur l'&#233;lasticit&#233; du temps pour l'amoureux : &#171; Jacob servit pour obtenir Rachel sept ann&#233;es vayiheyou beenav kayamim ahadim beahavato ota. Et elles furent &#224; ses yeux comme quelques jours tant il l'aimait &#187; (Gen&#232;se 29:20). Le texte nous montre que Jacob en pr&#233;sence de Rachel ne voit pas le temps passer. Le temps fuit et s'&#233;vapore en la pr&#233;sence de la personne que l'on aime, la montre de l'amour a ses propres aiguilles qui ne comptent que les soupirs et les joies. On voit dans cette vision diff&#233;rente du temps qui n'est plus objective que Jacob est emport&#233; par un tourbillon &#8211; il n'est plus ma&#238;tre du temps, il succombe &#224; la passion. Les ann&#233;es lui semblent &#234;tre des jours. L'amour est une inspiration, une expiration, un soupir. Il appara&#238;t si naturel, si incontr&#244;lable, en effet comment oublier quand on aime ? Comment aimer quand on ha&#239;t ? &#171; Le c&#339;ur a ses raisons que la raison ne conna&#238;t point.&quot; disait Pascal avec raison et avec c&#339;ur ! La Bible reconna&#238;t la puissance de l'amour et le shir hashirim le Cantique des Cantiques le c&#233;l&#232;bre ainsi : (8 : 5-7) &#171; Place-moi comme un sceau sur ton c&#339;ur, comme un sceau sur ton bras, car l'amour est fort comme la mort, la passion terrible comme le Sheol, ses traits sont des traits de feu, une flamme divine. Des torrents ne sauraient &#233;teindre l'amour, des fleuves ne sauraient le noyer &#187;. Comme une passion d&#233;vorante, l'amour y est compar&#233; &#224; un feu que l'on ne peut &#233;teindre. Le Talmud empreinte le mot boulmous du grec qui signifie app&#233;tit irr&#233;sistible et le trait&#233; Moed katan(17a) d&#233;crit, par la bouche de Rabi Ela&#239;, un homme sh&#233;yitsro mitgaber alav qui est domin&#233; par sa passion et &#224; qui l&#8216;on conseille de l'assouvir dans un lieu o&#249; il n'est pas connu. Ce texte exprime la difficult&#233; &#224; contr&#244;ler ses passions. Ainsi l'on peut penser que tant pour l'amour de soi que celui des autres ou du Tout-Autre, l'amour serait passif et non actif. Il s'ensuivrait que si nous nous aimons nous-m&#234;mes, c'est par ce que nous sommes n&#233;s dans un contexte suffisamment aimant pour avoir confiance en nous, en somme que l'amour de soi est dict&#233; par la naissance. Nous pourrions penser aussi que l'amour de l'autre est enti&#232;rement d&#251; au destin, que toute rencontre est fortuite, due au hasard ou pr&#233;destin&#233;e mais que l'amour ou l'amiti&#233; nous enjoint le silence, pas l'action mais la r&#233;action ; quant &#224; aimer Dieu la plupart diront que c'est une histoire personnelle &#8211; on aime ou on n'aime pas &#8211; comme le dit le philosophe Vladimir Yankelevitch : &#171; on ne peut pas dire pourquoi, la raison de l'amour, c'est l'amour, la raison de l'amour, c'est qu'on aime &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourtant cette abdication de la pens&#233;e est impossible dans une tradition qui affirme le libre-arbitre, la responsabilit&#233;. Tout c&#233;der &#224; l'amour ou au d&#233;sir est une forme d'idol&#226;trie de l'amour. Le monde de la publicit&#233; nous montre souvent une idol&#226;trie du corps, du beau, du d&#233;sir et l'amour y serait inf&#233;od&#233;. Cette p&#233;riode de f&#234;tes de Tishri nous fait op&#233;rer un retour sur soi et nous remet au centre de nos destin&#233;es. Nous y affirmons une responsabilit&#233; dans nos actes. Certes, la passion existe, certes nous ne contr&#244;lons pas tout, certes l'amour a sa po&#233;sie, ses myst&#232;res mais n'est-il que magie et myst&#232;re, devons-nous &#234;tres seulement des objets d'amour ? Avons-nous notre mot &#224; dire sur la passion amoureuse, ou devons-nous seulement nous rendre devant les dictats des &#171; je t'aime &#187;- &#171; je ne t'aime pas &#187;, &#171; je ne t'aime plus &#187;, &#171; je t'ai aim&#233; &#187;. Faut-il rejeter radicalement les commandements d'aimer ? Comment notre tradition si sage a-t-elle pu int&#233;grer la passion et enjoindre des devoirs d'amour ? &#171; Dans la culture occidentale contemporaine, &#233;crit Eric Fromm (L'art d'aimer), [&#8230;] on suppose que l'amour proc&#232;de d'une r&#233;action &#233;motive spontan&#233;e, de l'envahissement soudain d'un sentiment irr&#233;sistible [&#8230;] On n&#233;glige ainsi un facteur important dans l'amour &#233;rotique, la volont&#233;. Aimer quelqu'un ne rel&#232;ve pas seulement de la puissance du sentiment &#8211; mais d'une d&#233;cision, d'un jugement, d'une promesse &#187;. L'amour n'est pas selon lui que fruit du hasard. Et tant de rencontres qui apparaissent fortuites, tant d'amours fous non-expliqu&#233;s s'&#233;lucident beaucoup plus tard. &#171; Nous avons d&#233;couvert que nous avions tant de choses en commun &#187; entend-on. C'est peut-&#234;tre aussi par ces choses partag&#233;es que vous vous &#234;tes aim&#233;s.
La condition pr&#233;alable de l'amour de l'autre, c'est l'amour de soi, ni l'&#233;go&#239;sme ni le narcissisme, mais le juste amour de soi, ni trop ni trop peu. &#171; S'il ne peut aimer que les autres, il n'aime en aucune fa&#231;on &#187;, poursuit Fromm (ibid. p.80). En effet on ne peut renoncer &#224; soi totalement pour l'autre. L'asc&#232;se n'est pas une vertu dans le juda&#239;sme. Alors s'il faut s'aimer soi-m&#234;me, comment s'aimer ? Il est des personnes qui s'aiment trop et des personnes qui ne s'aiment pas assez. Trouver le shevil hazaav, le juste milieu dans ce domaine n'est pas de l'ordre de l'&#233;vidence. Ceux qui ne s'aiment pas assez doivent dire selon le Talmud, &#171; le monde a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; pour moi ! &#187;. Ces personnes se remettent en permanence en question et ce doute destructeur ne leur permet pas d'avoir confiance en elles. C'est un doute lancinant qui parfois-m&#234;me entra&#238;ne l'&#233;chec. Croire en soi, s'aimer, est implicite dans le commandement &#171; tu aimeras ton prochain comme toi-m&#234;me &#187; : comment aimer l'autre si l'on ne s'aime pas soi-m&#234;me ? S'aimer, c'est se donner une place dans le monde, ne pas dispara&#238;tre &#8211; un rabbin hassidique le disait : &#171; Ne te r&#233;tr&#233;cie pas trop car tu risquerai de r&#233;tr&#233;cir l'ombre divine qui est en toi &#187;. Se m&#233;priser, c'est oublier d'affirmer que nous sommes cr&#233;&#233;s &#224; l'image divine et l'&#233;tincelle divine plac&#233;e en nous en souffre autant que nous-m&#234;mes. Trop s'aimer est aussi un probl&#232;me ; &#224; celui qui s'aime trop le Talmud dit &#171; nous ne sommes que poussi&#232;re &#187;, ne nous attachons pas trop &#224; notre personne car elle est limit&#233;e par le temps et la mort, ne nous prenons pas pour des dieux. Laissons-la place aux autres tout comme Dieu dans le tsimtsoum, s'est retir&#233; du monde pour laisser la place aux &#234;tres humains. La plus grande libert&#233; est de laisser l'autre libre. C'est vrai aussi dans la passion amoureuse ou l'autre &#233;chappe toujours. Alain Finkielkraut parle du &#171; visage ou de l'&#233;chapp&#233;e belle &#187;. Ce qui le d&#233;finit positivement, c'est sa d&#233;sob&#233;issance &#224; la d&#233;finition. Il cite L&#233;vinas : &#171; Rencontrer un homme, c'est &#234;tre tenu en &#233;veil par une &#233;nigme &#187;. Vouloir poss&#233;der totalement l'autre, c'est en faire un objet d'amour et non un sujet d'amour. Comment peut-on aimer son prochain comme soi-m&#234;me ? Comment aimer l'autre diff&#233;remment de soi ? A chaque si&#232;cle les rabbins ont essay&#233; de traduire ce verset diff&#233;remment. Hillel le traduit n&#233;gativement : &#171; ne fais pas &#224; ton prochain ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse &#187;. Ainsi le commandement d'amour de l'autre implique de se mettre &#224; sa place et d'imaginer notre propre r&#233;action si on nous infligeait le traitement que l'on pr&#233;voit pour l'autre. L'amour de l'autre implique la projection, s'oublier un peu soi et son reflet dans les yeux de l'autre pour v&#233;ritablement voir l'autre. &#171; Aimer, c'est se surpasser &#187; &#233;crivait Oscar Wilde dans le Portrait de Dorian Gray. Celui ou celle qui ne cherche qu'&#224; se voir dans l'autre ne se surpasse pas. Celui qui se sur-passe passe au-dessus de sa personne pour aller au-del&#224;. C'est d'autant plus vrai pour l'amour de l'&#233;tranger &#171; vehaavta eth hager &#187; l'&#233;tranger c'est l'autre qui est &#233;trange, qui est minoritaire dans une culture majoritaire, c'est le discours d'Haman dans le livre d'Esther &#224; propos des juifs : &#171; ces gens ont des lois qui diff&#232;rent de toutes les autres nations &#187; (Esther 3 :8). Ils ont leur propre loi : ne sont pas comme nous. En Egypte, nous avons &#233;t&#233; &#233;trangers et nous ne devons pas reproduire sur d'autres ce que nous avons v&#233;cu. Au-del&#224; des diff&#233;rences - si elles ne remettent pas en cause notre &#233;thique et nos libert&#233;s- il faut percevoir l'autre comme &#234;tre humain, derri&#232;re le voile de l'&#233;tranget&#233;, percevoir la similitude de l'humanisme de l'autre. Le Deut&#233;ronome qui nous enjoint d'aimer l'&#233;tranger dit auparavant qu'il faut le nourrir et lui donner des v&#234;tements. Ainsi l'amour se traduit par des actes de guemilouth hassidim, de bont&#233; et de g&#233;n&#233;rosit&#233;. Le Sefer Hahinoukh au XIV&#232;me si&#232;cle nous explique : &#171; nous sommes command&#233;s d'aimer les &#233;trangers : nous ne devons pas leur causer du chagrin, mais devons faire de bonnes choses pour eux, les traiter avec bienveillance , selon ce qui est appropri&#233; et selon notre capacit&#233; (M.431). S'il y a un devoir d'aimer, c'est parce que l'on aime &#224; travers des actes. Et ces actes doivent &#234;tre accomplis de mani&#232;re d&#233;sint&#233;ress&#233;e. La Mishna Avoth qui date des premiers si&#232;cles avant ou apr&#232;s notre &#232;re l'exprime avec puissance : kol ahava sh&#233;hi telouya vedavar batel davar, betela ahava, vesheina telouya bedavar eina betela leolam , Tout amour d&#233;pendant d'une cause, disparaisse la cause, l'amour dispara&#238;t, tout amour qui n'est pas d&#233;pendant d'une cause ne dispara&#238;t jamais &#187;. L'amour du prochain ou de la prochaine, du lointain ou de la lointaine ne doit pas &#234;tre int&#233;ress&#233; et comme le dit Abravanel &#171; de m&#234;me que tu ne t'aimes ni pour un b&#233;n&#233;fice, ni par plaisir, ainsi tu ne devrais pas avoir de motif autre pour aimer ton prochain. Comment se traduit cet amour ? Par des actes tr&#232;s pr&#233;cis : le bikour holim, la visite aux malades, consoler les personnes en deuil, accompagner les morts jusqu'&#224; leur derni&#232;re demeure, accompagner le fianc&#233;s sous la houpa, ouvrir la porte de sa maison aux invit&#233;s, les raccompagner jusqu'&#224; la porte etc., toutes les choses, &#233;crit Ma&#239;monide, que tu voudrais que les autres fassent pour toi, fais-les pour les autres. (d'apr&#232;s MT, Hil Evel 14). Aimer : c'est agir, &#234;tre responsable, ne pas se d&#233;tourner de l'autre, r&#233;pondre &#224; sa demande &#171; l'amour est une activit&#233;, non un affect passif ; il est un &#171; prendre part &#224; &#171; et non un se laisser prendre &#187; (Eric Fromm p.39). L'amour c'est se sentir responsable de quelqu'un, de son bien &#234;tre, c'est refuser l'indiff&#233;rence, c'est se pencher vers, tourner son regard vers l'autre, respicere, le regarder, le respecter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quant &#224; l'amour de Dieu, c'est Martin Buber qui le d&#233;crit par un petit conte hassidique : &#224; un homme fort instruit mais aussi fort &#233;troit de c&#339;ur, qui lui demanda un rem&#232;de pour ressentir le yirat hashem, la Crainte de Dieu, Rabbi Abraham de Stretyn r&#233;pondit : &#171; pour la Crainte de Dieu, je n'en connais aucun mais si vous le voulez je peux vous en donner un pour l'amour de Dieu ; L'homme r&#233;pondit : &#171; Oh il me serait plus pr&#233;cieux encore, vite-donnez-le moi ! Le rem&#232;de, lui dit alors le rabbi, c'est l'amour des &#234;tres humains &#187;. Aimer Dieu, ce n'est pas faire preuve d'une d&#233;votion bruyante, d'un mysticisme endiabl&#233;, d'une pi&#233;t&#233; aveugle, aimer Dieu, c'est bien se comporter envers son prochain, ainsi dit le Talmud &#171; le nom de Dieu sera aim&#233; &#224; travers toi &#187;(TB Yoma 26a). Nous sommes garants de la r&#233;putation de Dieu et de la Torah.
Oui l'amour est passion, spontan&#233;it&#233; po&#233;sie, enivrement, oubli, soupirs, enfant de Boh&#232;me mais l'amour est aussi responsabilit&#233;, devoir et effort, raison et loi : &#171; l'amour est un d&#233;fi constant : il n'est pas un lieu de repos, mais un mouvement, une croissance, un travail r&#233;alis&#233; en commun &#171; (Eric Fromm p.123). Nous savons que la pratique de tout art exige une discipline. Les plus grands g&#233;nies de musique ont pratiqu&#233; des gammes, les peintres font des esquisses, les cuisiniers s'appliquent &#224; faire des centaines de recettes. L'&#233;tincelle jaillit de l'effort et de la peine. Pourquoi en serait-il diff&#233;remment de l'amour ? Les pr&#234;tres du Temple au service du peuple avaient deux activit&#233;s quotidiennes : il ravivait la flamme du ner tamid, la lumi&#232;re perp&#233;tuelle qui repr&#233;sentait la shekhina la pr&#233;sence divine, et ils nettoyaient la poussi&#232;re du Temple. Aucun feu dans un foyer ne peut br&#251;ler constamment si l'on ne s'en pr&#233;occupe pas. Si la poussi&#232;re de l'ennui et de l'habitude s'y incrustent, les passions les plus vives vacillent et meurent. Mais si la poussi&#232;re est d&#233;licatement et humainement &#244;t&#233;e, si la flamme est quotidiennement raviv&#233;e, par un regard, une expression, un souci de l'autre, sinc&#232;re et mis en actes, la lumi&#232;re jaillit et l'amour perdure &#8211; cet amour qui donne et qui re&#231;oit, celui qui est don et devoir, r&#233;gularit&#233; et cr&#233;ativit&#233;, k&#233;va et kavana intention et rythme. A cet instant d'&#233;ternit&#233;, on pourra dire avec Baudelaire (les Fleurs du Mal) : &#171; Nos deux c&#339;urs seront deux vastes flambeaux qui r&#233;fl&#233;chiront leurs doubles lumi&#232;res, dans nos deux esprits ces miroirs jumeaux &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rabbin Pauline Bebe&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Kol Nidrei 5770</title>
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a quelques jours, les &#233;coliers reprenaient le chemin de l'&#233;cole, les enfants celui du Talmud-Torah, de l'&#233;tude de notre sagesse ancestrale, lisant ces rouleaux de palimpsestes dont sortent des &#233;tincelles renouvel&#233;es. Un jeune professeur expliqua l'origine du d&#233;compte juif des ann&#233;es 5770 qui partait de la cr&#233;ation du monde, maas&#233; beereshith. Une voix s'&#233;leva alors en protestant : &#171; Mais Monsieur&#8230;, et les dinosaures ? &#187;. Cette petite voix ing&#233;nue et sage r&#233;sumait avec concision et force des si&#232;cles d'interrogations et de d&#233;bats sur l'ad&#233;quation entre la science et la Bible, la raison et la r&#233;v&#233;lation, le savoir et la spiritualit&#233;. Elle posait la question du sens de la Gen&#232;se, de la place des d&#233;couvertes scientifiques, des limites de l'un et l'autre monde, de leur conciliation et de leurs diff&#233;rences. Doit-on compartimenter notre connaissance ? Doit-on rejeter des textes anciens sous pr&#233;texte qu'ils ne correspondent plus &#224; la connaissance scientifique du moment ? Doit-on &#233;carter de notre vie tout ce qui ne se soumet pas aux principes de la raison ? Si nous orientons le projecteur de la science sur tous les aspects de notre vie, devons-nous pour autant abandonner le secret, le myst&#232;re et la po&#233;sie ? Sommes-nous des &#234;tres de pure raison ? Devons-nous rejeter tout ce qui reste incoh&#233;rent, surprenant, miraculeux ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le juda&#239;sme n'a jamais ignor&#233; la science et a toujours encourag&#233; l'avanc&#233;e des connaissances. Un verset de la Gen&#232;se explique la cr&#233;ation de l'&#234;tre humain et sa mission : &#171; Dieu dit : faisons l'&#234;tre humain &#224; notre image, &#224; notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le b&#233;tail, enfin sur toute la terre et sur tous les &#234;tres qui s'y meuvent &#187;(Gen&#232;se 1 :26). La domination dont il est question n'est certainement pas par la force mais la connaissance. L'&#234;tre humain est cens&#233; conna&#238;tre la nature pour mieux la pr&#233;server, s'en rendre ma&#238;tre non pour la d&#233;truire mais pour la maintenir en existence et la faire fructifier. La lecture juive du faux-pas d'Eden est aussi un exemple d'encouragement au savoir. L'interdit de consommer de l'arbre de la vie et de la mort ou de la connaissance du bien et du mal se pose comme un interdit de principe que l'Eternel d&#233;sirait que l'&#234;tre humain transgresse, une forme de test ou d'&#233;preuve. Le rabbin Jonathan Magonet indique en effet qu'Adam et Eve ne sont pas &#171; tomb&#233;s &#187; dans une chute spirituelle mais plut&#244;t qu'ils y ont &#233;t&#233; pouss&#233;s dans une qu&#234;te positive. C'est en effet la connaissance sous toutes ces formes, bina le discernement, hokhma la sagesse, daat la science qui fait de l'&#234;tre humain ce qu'il est. Son histoire peut commencer &#224; partir du moment o&#249; il peut discerner, savoir, conna&#238;tre et &#234;tre responsable. On peut facilement imaginer que si Dieu n'avait pas voulu que Adam et Eve mangent de l'arbre de la connaissance, Dieu n'aurait pas plac&#233; cet arbre au milieu du jardin et ne les aurait pas nargu&#233;s par cet interdit et l'attrait du fruit d&#233;fendu. Le texte dit bien que &#171; la femme vit que l'arbre &#233;tait bon &#224; manger, attrayant &#224; la vue et pr&#233;cieux pour l'intelligence &#187; (Gen. 3 :6). Si Dieu veut le surpassement de l'&#234;tre humain, rien qui n'est tov ladaa't, pr&#233;cieux pour l'intelligence ne peut lui &#234;tre fondamentalement interdit ! Par la suite Hillel, &#224; l'&#233;poque de la Mishna nous explique &#171; celui qui n'augmente pas ses connaissances les diminue &#187;(Avoth I :13). Il ne s'agit pas seulement des connaissances qui proviennent de l'&#233;tude de la Torah mais de toute forme de savoir et cette m&#234;me Mishna Avoth nous rappelle qu'il faut nous trouver un m&#233;tier en dehors de l'&#233;tude de la Torah : Rabban Gamliel disait : &#171; toute &#233;tude religieuse qui n'est pas accompagn&#233;e d'un travail est st&#233;rile et conduit &#224; la transgression vekhol Torah sh&#233;ein ima melakha sofa betela vegorereth avon (Avoth II, 2). C'est ainsi que de nombreux rabbins de tout temps &#233;taient grammairiens, &#339;nologues, m&#233;decins, philosophes, avocats ou psychologues et &#233;tudiaient les textes &#224; la lumi&#232;re de toutes les facettes de leur savoir. Certains ex&#233;g&#232;tes vont jusqu'&#224; dire que l'examen des sources avec notre raison est un devoir religieux. Citons Ibn Pakouda au XI&#232;me si&#232;cle dans les Devoirs du C&#339;ur (Shaar hayihoud, chap.3) : &#171; Quiconque peut intellectuellement examiner par voie logique le probl&#232;me de l'existence de Dieu et les objets de connaissances voisins est oblig&#233; de s'y consacrer de toutes ses forces [&#8230;] la Bible ordonne ce contr&#244;le, elle exige un examen logique, elle l'appelle &#8216; la m&#233;ditation du c&#339;ur &#8216; c'est &#224; dire l'examen de la raison. Ainsi il est d&#233;montr&#233; que nous sommes tenus &#224; l'examen intellectuel des donn&#233;es religieuses, &#224; la mesure de notre intelligence tant par la raison que par l'Ecriture et la tradition &#187;. Si Dieu nous a cr&#233;&#233;s avec des neurones, les utiliser est aussi chanter la Gloire divine ! La recherche &#224; travers le microscope de la raison et de la science est aujourd'hui incontournable, non seulement par ce qu'elle constitue un progr&#232;s dans la connaissance du monde et son appr&#233;hension mais aussi parce qu'elle est un garde-fou contre le fanatisme. On ne saurait ob&#233;ir aveugl&#233;ment &#224; un syst&#232;me simplement parce qu'une autorit&#233; sup&#233;rieure l'a mis en place, qu'elle soit humaine ou divine. Sortir de l'Egypte, mitsrayim &#8211; dont la racine tsar signifie &#233;troit - c'est sortir de l'&#233;troitesse et ne pas nous forger de nouveaux tyrans. C'est ainsi que nous ne pouvons plus accepter certains textes de la Torah qui nous apparaissent blasph&#233;matoires, si nous les attribuons &#224; un dieu juste et compatissant. Nous avons le devoir de douter, de t&#226;tonner, de chercher, de remettre en question, de savoir, de conna&#238;tre, de progresser.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais si notre raison ne doit jamais abdiquer, doit-elle pour autant &#234;tre l'unique instrument de notre humanit&#233; ? Nous vivons dans un monde o&#249; tout est quantifi&#233;, mesur&#233;, compt&#233; ; des chercheurs mesurent les activit&#233;s du cerveau m&#234;me quand il s'agit d'un sentiment comme du sentiment amoureux. Certes nous voulons comprendre mais le pouvons-nous ? Le rabbin John Rayner d&#233;nonce cette propension que nous avons &#224; croire que nous savons tout. &#171; Nous aimons &#224; penser que nous sommes &#8211; potentiellement au moins - omniscient. C'est pourquoi tout ce que nous ne pouvons pas comprendre, ou d&#233;montrer, ou mesurer, nous avons tendance &#224; le rejeter comme fantaisie &#187; (An understanding of Judaism p.177). J'ajouterai m&#234;me &#224; force de vouloir tout expliquer, tout filmer parfois, nous effa&#231;ons les fronti&#232;res entre le priv&#233; et le public, reshouth hayahid et reshouth harabim, ce qui doit rester secret et ce qui doit &#234;tre r&#233;v&#233;l&#233;. La t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; est un sympt&#244;me de ce d&#233;voilement outrancier qui ne laisse plus aucune place au soi, au secret, au myst&#232;re. Ma m&#232;re, zikhona liverakha, m'avait appris une r&#232;gle de derekh erets, de biens&#233;ance, qu'enfant je n'avais pas imm&#233;diatement comprise. Lorsque l'on &#233;tait invit&#233; &#224; manger chez quelqu'un, il &#233;tait d&#233;plac&#233; de demander la recette d'un plat que l'on &#233;tait entrain de d&#233;guster. Si l'on y tenait vraiment beaucoup on pouvait la demander, le lendemain par t&#233;l&#233;phone, lors d'une conversation priv&#233;e. J'ai compris cette r&#232;gle bien plus tard. Elle enseigne la po&#233;sie de la table, le myst&#232;re des arts culinaires, le respect du secret ! L'&#233;talement de tous les ingr&#233;dients d&#233;sacralise l'&#339;uvre d'art ; la r&#233;jouissance du palais doit rester voil&#233;e, entour&#233;e d'un halo de myst&#232;re. On ne demande pas &#224; un artiste quel pinceau il a utilis&#233; pour ex&#233;cuter son &#339;uvre. Il en est de m&#234;me pour les sentiments, les &#233;peler, les expliquer, les banalisent. Rappelons-nous ce sketch, ci-bien dit par Yves Montand qui dicte un t&#233;l&#233;gramme d'amour &#224; une employ&#233;e de la poste - je t'aime, je t'aime, je t'aime dit-il fou d'amour &#8211; et elle r&#233;pond d'une voix m&#233;canique : &#171; trois fois je t'aime ? &#187;. Pour le juda&#239;sme tout ne peut se r&#233;duire &#224; des m&#233;canismes, des statistiques, tout ne peut pas entrer dans un calcul. M&#234;me pour compter le mynian, l'assembl&#233;e de dix personnes n&#233;cessaires &#224; la tenue d'un office public, il est interdit de compter, de r&#233;duire l'humain &#224; un num&#233;ro ; c'est un verset biblique que nous devons utiliser qui contient dix mots et permet de traduire des chiffres en lettres. L'histoire nous a cruellement montr&#233; que rien d'humain ne pouvait permettre la r&#233;duction de l'autre &#224; un num&#233;ro. Et m&#234;me les lettres qui forment des mots peuvent &#234;tre trompeuses. Pour cette raison, Dieu &#233;chappe &#224; toute nomination. Il est Hashem, le Nom par excellence ou sham l&#224;-bas. Il &#233;chappe &#224; l'infini dans l'indicible comme Sa cr&#233;ature, l'&#234;tre humain, cr&#233;&#233; &#224; Son image. Nous de pouvons &#234;tre r&#233;duits &#224; des th&#233;ories psychologiques, des raisonnements m&#233;caniques qui consistent &#224; &#233;tiqueter, grouper, analyser. Les plus grands sp&#233;cialistes se trompent souvent et les meilleurs scientifiques savent reconna&#238;tre leur ignorance. Le d&#233;but du savoir c'est de reconna&#238;tre que l'on ne sait rien. L'&#234;tre humain surprend, &#233;chappe &#224; l'analyse comme toute la r&#233;alit&#233; qui nous entoure. Abraham Heschel &#233;crit : &#171; Pour l'homme moderne tout peut-&#234;tre calcul&#233;, tout peut &#234;tre r&#233;duit &#224; des chiffres. Il a foi aux statistiques et d&#233;teste l'id&#233;e du myst&#232;re. Dans son obstination, il ignore que nous sommes entour&#233;s de toutes parts par des choses que nous pouvons percevoir mais non pas comprendre, et que la raison est un myst&#232;re pour elle-m&#234;me. Il croit pouvoir expliquer le fond de tout myst&#232;re &#187; (Dieu en qu&#234;te de l'Homme, p.43). Certes avec l'avanc&#233;e du savoir la fronti&#232;re du myst&#232;re est repouss&#233;e mais le myst&#232;re reste entier. En nous souciant du d&#233;tail nous avons oubli&#233; le tout, les experts que nous sommes devenus ont perdu le sens du merveilleux. Nous avons r&#233;duit le monde en miettes et m&#234;me si nous devions le faire pour pouvoir le comprendre et augmenter notre expertise, notre sp&#233;cialisation, nous sommes incapables de remettre les pi&#232;ces du puzzle ensemble. Notre raison a fait taire notre intuition, notre science a &#233;touff&#233; notre imagination, notre logique a tari notre capacit&#233; &#224; r&#234;ver. &#171; A mesure que la civilisation progresse, le sens du merveilleux perd du terrain &#187; mart&#232;le Abraham Heschel, (Ibidem, p.55).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors, peut-on revenir &#224; cet &#233;tat d'&#234;tre, une enfance de l'humanit&#233; qui chaque fois ressent le frisson de la d&#233;couverte, tout en reconnaissant les acquis de la raison et de la science ? Pouvons nous &#234;tre des savants &#233;merveill&#233;s, des scientifiques spirituels, des &#234;tres raisonnables avec un soup&#231;on de d&#233;raison, de po&#233;sie et de r&#234;ve sans dire mais &#171; ce n'est pas vrai &#187;, &#171; c'est impossible &#187;, &#171; on a prouv&#233; le contraire &#187; ? Sommes-nous encore capables de d&#233;celer le merveilleux dans le quotidien, la po&#233;sie dans la prose, le sublime dans l'ordinaire, la magie dans le m&#233;canisme ? La r&#233;ponse se trouve dans notre tradition : l'antidote au scepticisme clinique : c'est le juda&#239;sme ! Le rabbin Moshe ben Nahman Gerondi dit le Ramban ou Nahmanide, XIIIe si&#232;cle &#224; G&#233;rone, (1194 - terre d'Isra&#235;l, 1270) qui &#233;tait m&#233;decin, ex&#233;g&#232;te de la Bible et du Talmud, po&#232;te liturgique, philosophe et kabbaliste, et l'une des plus &#233;minentes autorit&#233;s rabbiniques du Moyen &#194;ge &#233;crit : la croyance en &#171; des miracles cach&#233;s est le fondement de toute la Torah. On ne prend pas part &#224; la Torah, tant qu'on ne croit pas que toutes les choses et tous les actes de la vie individuelle et de la vie sociale sont des miracles. Rien ne peut &#234;tre appel&#233; &#8216;le cours naturel des choses' &#187;(sur Exode 13 :16). Le juda&#239;sme nous invite &#224; reprendre conscience, &#224; ne rien consid&#233;rer comme acquis, tels les actes les plus &#233;l&#233;mentaires mais qui ne sont pas donn&#233;s &#224; tous, pouvoir se lever le matin, ouvrir les yeux, le fonctionnement du corps, boire un verre d'eau, consommer un morceau de pain, contempler la mer, manger un fruit de saison. Le matin en nous levant, nous disons cette b&#233;n&#233;diction asher yatsar en remerciant &#171; l'Eternel qui a cr&#233;&#233; l'&#234;tre humain avec sagesse avec multiplicit&#233; d'orifices et de canaux [&#8230;] et qui sait que si l'un d'eux s'ouvre ou s'obstrue, il nous est impossible de survivre et de se tenir debout devant Toi &#187;. Nous avons tendance &#224; consid&#233;rer comme un d&#251; le bon fonctionnement de notre corps et ce n'est que lorsqu'il est malade que nous regrettons am&#232;rement de ne pas avoir la sant&#233;. Nous sommes prompts &#224; nous plaindre, et indiff&#233;rents au bien. Notre tradition nous apprend la reconnaissance. &#171; C'est l'un des objectifs de la conception juive, &#233;crit Heschel, que de ressentir les actes les plus communs comme des aventures spirituelles, et de saisir en toutes choses, l'amour de la sagesse.(p.60) &#187;. Les actes les plus simples de la vie sont pr&#233;c&#233;d&#233;s d'une berakha, d'un remerciement, d'une formule qui nous invite &#224; prendre conscience, &#224; ne pas &#234;tre indiff&#233;rent au monde. &#171; Tu es b&#233;ni, Eternel notre Dieu, conseiller de l'univers qui par sa parole a amen&#233; tout chose &#224; &#234;tre &#187; disons-nous avant de boire un verre d'eau. La formule n'est pas magique mais elle rend &#224; la vie sa magie que l'habitude, le d&#233;sint&#233;ressement, la nonchalance, la lassitude lui avait &#244;t&#233;e. Une formule invent&#233;e, &#233;dict&#233;e par des sages de tout temps puisque aujourd'hui aussi dans les mouvements lib&#233;raux nous &#233;crivons de nouvelles b&#233;n&#233;dictions. La berakha souligne, fait sortir le miracle du quotidien, elle invite au merveilleux. Rappelons-nous comment Paul Klee d&#233;crivait ces &#171; &#8230;r&#233;alit&#233;s de l'art qui &#233;largissent les limites de la vie telle qu'elle appara&#238;t d'ordinaire. Parce qu'elles ne reproduisent pas le visible avec plus ou moins de temp&#233;rament, mais rendent visible une vision secr&#232;te [&#8230;] L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible &#187; (Th&#233;orie de l'art moderne p.31 ; 34). Le juda&#239;sme comme l'art est une lecture du visible. Il n'est pas &#233;tonnant que dans la langue h&#233;bra&#239;que le mot emouna, confiance ait donn&#233; le mot omanouth art. La emouna, la confiance avec les mots qui l'expriment, les berakhoth, nous rappellent qu'un objet ou une personne ne se limitent pas &#224; ce que la r&#233;alit&#233; nous en donne &#224; voir. Dans chaque grain de sable, dans chaque &#233;toile, dans chaque &#234;tre, se trouve un univers. Nous n'en voyons qu'une partie r&#233;duite, une portion congrue, infime mais d&#233;j&#224; si belle ! Cette berakha, cette parole qui s'insinue entre la vision d'un objet et le plaisir qu'il nous apporte, est une invitation au myst&#232;re, une po&#233;sie du r&#233;el. Demain apr&#232;s-midi, pendant l'office de Moussaf, nous allons lire un des textes les plus &#233;tranges de notre tradition d&#233;crivant un rituel myst&#233;rieux. Il s'agit de la description des actions du Grand-Pr&#234;tre, le kohen Gadol, qui entrait dans le saint des saints, kodesh hakodashim, l'&#233;crin du Temple et pronon&#231;ait le jour le plus solennel de l'ann&#233;e, yom hakipourim, le Nom Ineffable. Ce rite est &#224; la fois solennel et secret, il se pr&#233;sente comme une &#233;nigme. Qui peut pr&#233;tendre le comprendre ? Et pourtant ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e nous le lisons sans comprendre ses profondeurs. Selon la tradition m&#234;me le Grand-pr&#234;tre oubliait la prononciation correcte du Nom juste apr&#232;s l'avoir prononc&#233;. Ainsi il pr&#233;servait le secret, le myst&#233;rieux, la po&#233;sie aussi. Au centre de cette observance de kippour est un secret, qui m&#234;me s'il a &#233;t&#233; connu par une personne dans l'Histoire de notre peuple a &#233;t&#233; imm&#233;diatement oubli&#233;. Job nous dit &#171; Mais la sagesse o&#249; la trouver ? O&#249; est le si&#232;ge de la raison ?L'humain n'en conna&#238;t pas la valeur, elle ne se trouvera pas au pays des vivants (Job 25 :12-13) &#187;. Le mot sod, secret a tr&#232;s probablement comme racine le verbe yassad, fonder, &#233;tablir. Le secret est fondement, fondation de notre monde et il ne nous appartient pas de le d&#233;couvrir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le juda&#239;sme par sa grammaire de mitswoth, de commandements, r&#233;apprend &#224; voir le monde avec des yeux d'enfants, des yeux qui s'&#233;merveillent, s'&#233;blouissent, une bouche b&#233;e qui ne sait mot dire devant les merveilles et les secrets du monde. Il est l'antinomie de l'indiff&#233;rence, de l'ennui, du relativisme qui dit &#171; tout est pareil, la vie n'a aucun sens, tout est hasard &#187;. Etre juif, c'est dire que la vie a un sens, que le sublime est dans la goutte de lait que produit le pis de la vache, l'&#233;corce de bl&#233; qui laisse &#233;clore le germe, le prisme de l'arc en ciel, un corps qui se meut sur une note de musique, une question ing&#233;nue et sage qui se pose &#171; Mais Monsieur&#8230; et les dinosaures ? &#187;. Oui le monde a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; il y a des milliards d'ann&#233;es et oui, nous sommes en 5770. Etait-ce l'invention de l'&#233;criture, de la po&#233;sie, de l'imaginaire, peu importe. Si la Gen&#232;se ne parle pas de ces animaux disparus, c'est sans doute parce que les proph&#232;tes qui l'ont &#233;crite n'en avaient pas connaissance. C'est &#224; nous de les inclure dans le miracle de la cr&#233;ation, tout comme les nouvelles plan&#232;tes que les scientifiques viennent de d&#233;couvrir. Toutes ces avanc&#233;es de la science sont parties prenante de cette merveille de la cr&#233;ation tout autant que l'&#233;motion qu'elles induisent comme un souffle coup&#233; devant la vision d'un coucher de soleil. La Bible est po&#233;sie, message, sagesse, elle n'est pas science, Histoire, d&#233;couverte. La Bible nous explique le pourquoi pas le comment. Mais pour faire avancer l'humanit&#233; nous avons besoin et du pourquoi et du comment, de la raison et de la r&#233;v&#233;lation, du r&#233;alisme et du r&#234;ve. Nous pouvons &#234;tres des scientifiques qui lisent la Bible, des ex&#233;g&#232;tes qui &#233;tudient la science. Dans notre monde olam, plein de secrets et de myst&#232;res, la raison a sa place, le mysticisme, la spiritualit&#233; et l'&#233;merveillement aussi. &#171; La plus belle chose que nous puissions &#233;prouver, &#233;crivait Albert Einstein, c'est le c&#244;t&#233; myst&#233;rieux de la vie. C'est le sentiment profond qui se trouve au berceau de l'art et le la science v&#233;ritable &#187; (Comment je vois le monde). Soyons ces chercheurs illumin&#233;s, ces r&#233;alistes mystiques, ces r&#234;veurs inv&#233;t&#233;r&#233;s qui s'enracinent dans le r&#233;el avec la t&#234;te dans les nuages et &#233;crivons notre vie comme un po&#232;me en prose.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rabbin Pauline Bebe&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Kol nidrei 5769</title>
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		<description>&#171; Dieu, je sais que nous sommes ton peuple &#233;lu, mais ne pourrais-tu pas choisir quelqu'un d'autre pour changer un peu ? &#187; disait Shalom Alekhem. Quelle est la notion la plus embarrassante, la plus probl&#233;matique, la plus controvers&#233;e que celle du peuple &#233;lu ? Peut-on s'en d&#233;barrasser ou nous colle-t-elle &#224; la peau un peu comme ce chewing gum que les passagers d'un avion de Tintin s'envoient discr&#232;tement l'un &#224; l'autre comme si de rien &#233;tait et qui (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&#171; Dieu, je sais que nous sommes ton peuple &#233;lu, mais ne pourrais-tu pas choisir quelqu'un d'autre pour changer un peu ? &#187; disait Shalom Alekhem. Quelle est la notion la plus embarrassante, la plus probl&#233;matique, la plus controvers&#233;e que celle du peuple &#233;lu ? Peut-on s'en d&#233;barrasser ou nous colle-t-elle &#224; la peau un peu comme ce chewing gum que les passagers d'un avion de Tintin s'envoient discr&#232;tement l'un &#224; l'autre comme si de rien &#233;tait et qui revient apr&#232;s un circuit alambiqu&#233; &#224; son propri&#233;taire ? L'&#233;lection fait-elle partie int&#233;grante de notre th&#233;ologie ? Est-elle unique ou commune &#224; de nombreux peuples ? Remet-elle en question la notion fondamentale d'&#233;galit&#233; de tous les peuples ? Se peut-il que plusieurs peuples soient &#233;lus ? Peut-on penser une &#233;lection sans exclusion de l'autre ? Faut-il r&#233;interpr&#233;ter ce concept ou le supprimer enti&#232;rement de nos r&#233;f&#233;rences comme l'a fait une tendance du juda&#239;sme moderne, le reconstrucionnisme sous l'impulsion de son fondateur le rabbin Mordekha&#239; Kaplan ou bien encore faut-il changer de vocabulaire ? Faut-il penser comme le romancier allemand Jacob Wassermann que &#171; l'id&#233;e est clairement immorale et absurde &#187; ? A quoi correspond cette notion dans la pens&#233;e juive ? L'avons-nous toujours bien lu, en avons-nous fait bon usage ?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Que dit le texte biblique ? &#171; &lt;i&gt;Veata&lt;/i&gt; et maintenant &lt;i&gt;im shamoa tishmeou&lt;/i&gt;, si vous &#233;coutez bien &lt;i&gt;bekoli&lt;/i&gt; ma voix, &lt;i&gt;oushemartem eth beriti&lt;/i&gt; et que vous gardez mon alliance, &lt;i&gt;viyitem li segoula&lt;/i&gt; vous serez pour moi un tr&#233;sor &lt;i&gt;mikol ha'amim&lt;/i&gt;, entre tous les peuples, &lt;i&gt;ki li kol haarets&lt;/i&gt; car toute la terre est &#224; moi &#187; (Ex. 19 :5). Voici le texte fondateur de la notion d'&#233;lection dans le juda&#239;sme. Voyons dans un premier temps les difficult&#233;s pos&#233;es par le texte et la notion de &#171; peuple &#233;lu &#187; qui peut en d&#233;couler.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;L'id&#233;e d'&#233;lection peut avoir comme f&#226;cheuse cons&#233;quence de diminuer notre id&#233;e de Dieu, si tant est que l'on puisse s'en faire une, puisque le divin sort dans le juda&#239;sme de toute possibilit&#233; de repr&#233;sentation, d'imagination et de verbalisation. S'il est interdit de faire une quelconque repr&#233;sentation de Dieu, il est cependant possible de discuter de ses attributs ou &lt;i&gt;midot&lt;/i&gt;. Un dieu qui &#233;lit, choisit et par l&#224;-m&#234;me &#233;limine, peut appara&#238;tre comme une divinit&#233; tribale qui entretiendrait un rapport exclusif avec un seul peuple. Une sorte d'anc&#234;tre de la Star accademy o&#249; le juge divin n'aurait m&#234;me pas &#224; se justifier des &#233;liminations des autres candidats puisqu'Il aurait pr&#233;-choisit le peuple h&#233;breu ! L'&#233;lection serait une preuve de favoritisme non justifi&#233;. Ce qui peut appara&#238;tre comme encore plus &#233;trange est que le verset justifie le choix divin en soulignant que toute la terre Lui appartient &lt;i&gt;ki li kol haarets&lt;/i&gt;. On pourrait donc &#234;tre amen&#233; &#224; penser que le fait que tout Lui appartienne justifie un choix capricieux d'un dieu qui dirait &#171; je fais ce que je veux &#187; et qui ne souffrirait pas de remise en question. Ainsi le choix, l'&#233;lection remettrait en question l'universalit&#233; du Dieu Un. Un dieu tribal qui manquerait d'impartialit&#233; comme s'il avait jet&#233; son d&#233;volu sur un peuple et en &#233;tait tomb&#233; amoureux et l'amour ne s'explique pas. Le proph&#232;te Os&#233;e dit d'ailleurs au nom de l'Eternel &#171; Lorsque Isra&#235;l &#233;tait enfant je l'ai aim&#233; [&#8230;] Je les ai men&#233; avec des cordes d'humanit&#233;, avec les liens de l'amour &#187;.(Os&#233;e 11 : 1 ; 4) Le rabbin John Rayner explique qu'il semblerait que Dieu aurait ici montr&#233; un manque d'impartialit&#233; ou au minimum un favoritisme bien &#233;loign&#233; d'une id&#233;e d'un Dieu de justice. Mais les rabbins, garants de la bonne r&#233;putation de Dieu se sont empress&#233;s de justifier le choix divin par le biais du midrash (cf. Sifr. Deut.243 ; PR21). Le Saint b&#233;ni soit-il aurait propos&#233; l'alliance et la Torah &#224; d'autres peuples qui l'auraient tous refus&#233; parce qu'ils n'auraient pu l'observer tandis que le peuple d'Isra&#235;l lui, l'aurait accept&#233;. Cette explication reste probl&#233;matique parce qu'elle implique un m&#233;rite plus grand du peuple d'Isra&#235;l. Or le texte biblique r&#233;p&#232;te constamment que ce peuple est un peuple &#224; la nuque roide, d&#233;sob&#233;issant et sans m&#233;rite. Isa&#239;e par exemple dit : &#171; Je suis un homme aux l&#232;vres impures, et je r&#233;side au milieu d'un peuple aux l&#232;vres impures &#187;(6 :5). &lt;i&gt;Ki ish temei sefatayim anoki ouvetokh am temei sefatayim ani yoshev&lt;/i&gt; Le choix divin n'est donc certainement pas fond&#233; sur un m&#233;rite du peuple h&#233;breu qui de toute fa&#231;on contredirait le principe fondamental d'&#233;galit&#233; de tous les peuples enseign&#233; par un autre midrash : &#171; Pourquoi l'humanit&#233; a-t-elle &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e &#224; partir d'un seul couple Adam et Eve ? Pour que personne ne puisse dire : &#171; moi je viens de telle ou telle famille et je suis sup&#233;rieur &#224; toi &#187;, mais tous ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s &#171; &lt;i&gt;bestelem elohim&lt;/i&gt; &#187; &#224; l'image de Dieu et pourtant ils sont tous diff&#233;rents &#187;(d'apr&#232;s Sanh. 38a). L'&#233;lection ne doit induire aucun sentiment de sup&#233;riorit&#233; qui serait radicalement en contradiction avec tout l'enseignement de la Torah. Rashi, qui, vivant au Moyen-&#226;ge dans un pays chr&#233;tien, la France, et devait craindre un glissement dangereux d'interpr&#233;tation, le souligne avec force : &#171; (sur Ex. 19 :5 et Deut. 14 :2) &lt;i&gt;velo tomerou atem levadekhem sheli vein aherim amim&lt;/i&gt; &#187; Et vous ne direz pas &#171; Vous seuls &#234;tes &#224; Moi et non les autres peuples &#187; ! Il d&#233;crit le peuple h&#233;breu comme une pierre pr&#233;cieuse parmi d'autres pierres pr&#233;cieuses que poss&#232;de un roi. Aucun peuple, y compris Isra&#235;l ne peut se pr&#233;tendre &#234;tre seul le peuple de Dieu. Cette affirmation de Rashi est essentielle dans la mesure o&#249; elle aplanit la notion d'&#233;lection. L'humanit&#233; tout enti&#232;re est &#233;lue et le peuple juif n'est pas plus &#233;lu qu'un autre. Mais si le peuple h&#233;breu n'a aucun m&#233;rite particulier, faut-il comprendre l'&#233;lection comme &#171; un choix d&#233;sesp&#233;r&#233; d'un peuple d&#233;sesp&#233;r&#233; fait par un dieu d&#233;sesp&#233;r&#233; &#187;, comme le dit le rabbin Harvey Fields ? Nous serions un peuple d'hommes et de femmes d&#233;sesp&#233;r&#233;s ? C'est ce qu'explique un midrash avec humour ou r&#233;signation ou les deux. Dieu aurait soulev&#233; le mont Sina&#239; au-dessus de la t&#234;te des h&#233;breux en leur disant : &#171; o&#249; vous acceptez mon alliance ou ceci sera votre tombe !(Shab.88a ; AZ2b) &#187; En d'autres termes, nous n'avons pas eu le choix d'&#234;tre choisis, nous avons &#233;t&#233; choisis malgr&#233; nous. Nous sommes choisis sans le choisir ! Ce midrash explique la perplexit&#233; des rabbins face &#224; l'&#233;lection. Mais rassurons-nous, nous ne sommes pas plus d&#233;sesp&#233;r&#233;s ou &#233;gocentriques que les autres : un petit tour d'horizon anthropologique chez les autres peuples et autres religions peut &#224; ce titre nous rass&#233;r&#233;ner. Nous ne sommes pas les seuls &#224; avoir r&#234;v&#233;, esp&#233;r&#233;, caress&#233; l'id&#233;e d'&#233;lection. Quel enfant d'une fratrie ne veut pas &#234;tre le pr&#233;f&#233;r&#233; ? La fratrie des peuples ne fait pas d'exception aupr&#232;s de notre m&#233;ga parent divin ! L'&#233;lection d'un peuple par son dieu est commune dans le contexte polyth&#233;iste mais aussi monoth&#233;iste. Henri Atlan explique que &#171; chaque peuple joue un r&#244;le central dans la cosmogonie que sa culture enseigne &#187; et chaque peuple se consid&#232;re comme le centre de l'univers. Le peuple h&#233;breu n'&#233;chappe pas &#224; cette r&#232;gle. &#171; Nous sommes une tribus d'esclaves lib&#233;r&#233;s dont l'existence est inaugur&#233;e par l'exp&#233;rience de la lib&#233;ration &#187; et &#171; &lt;i&gt; la Bible, poursuit-il, doit &#234;tre lue au moins initialement comme le mythe de l'origine du peuple d'Isra&#235;l&lt;/i&gt; (Henri Atlan in &lt;i&gt;Contemporary Jewish Religious Thought&lt;/i&gt;) &#187;. Comme le disait un de mes professeurs le rabbin Jonathan Magonet : &#171; la Bible aurait &#233;t&#233; tr&#232;s diff&#233;rente si elle avait &#233;t&#233; &#233;crite par les idol&#226;tres &#187;. Un texte fondateur a forc&#233;ment un parti pris, celui de ses auteurs, ce qui n'enl&#232;ve rien &#224; sa valeur, simplement au regard que nous avons sur le texte et &#224; la possibilit&#233; de le soumettre au microscope de la raison et de l'&#233;thique. Chaque peuple s'est senti &#233;lu ou choisi &#224; un moment donn&#233; de son d&#233;veloppement, de son existence. Peut-&#234;tre que cette &#233;lection est d'ailleurs un moment incontournable de la formation d'une identit&#233;. Elle signifie sentir que l'on est irrempla&#231;able, que l'on a un r&#244;le particulier non interchangeable, ce qui serait vrai tant pour un individu que pour un peuple ou une nation. Plus tard le Christianisme et l'Islam se sont sentis &#233;lus, comme les shinto&#239;stes ou encore les Rastafari de jama&#239;que. Le probl&#232;me pos&#233; par cette vision particuli&#232;re est soit la limitation de l'universalit&#233; du message qui ne s'adresse plus qu'&#224; un nombre tr&#232;s limit&#233; d'individus soit l'affirmation que certains d&#233;tiennent une v&#233;rit&#233; et pas d'autres et qu'ils doivent l'imposer aux autres. L'id&#233;e d'&#233;lection et la notion de v&#233;rit&#233; qu'elles v&#233;hiculent peuvent encourager une forme de fondamentalisme dangereux qui a pu &#234;tre pour certains &#224; l'origine de comportements intol&#233;rants et violents. Ce risque de d&#233;rapage est alors une justification suffisante pour l'abrogation totale de l'id&#233;e. Car apr&#232;s tout &lt;i&gt;derakh&#233;a darkei noam ounetivotea shalom&lt;/i&gt; (Prov . 3 : 17), &#171; ses chemins sont des chemins agr&#233;ables et ses voies des voies de paix &#187; ; la Torah doit encourager la paix entre les individus et non pas la violence. Nous savons que dans le domaine religieux contrairement au domaine scientifique, nous n'avons pas de certitude. Imposer aux autres notre point de vue rel&#232;verait donc d'une forme de tyrannie th&#233;ologique ou d'un despotisme fondamentaliste. Voici ce que dit le rabbin Mordekha&#239; Kaplan, partisan de la suppression pure et simple de ce concept dans le juda&#239;sme. Selon lui l'id&#233;e de peuple &#233;lu a &#233;t&#233; par le pass&#233; une sorte de d&#233;fense psychologique pour contrer l'humiliation subie par le peuple juif. Mais aujourd'hui cette doctrine n'a plus lieu d'&#234;tre. Je le cite : &#171; D'un point de vue &#233;thique, il para&#238;t pour le moins inconsid&#233;r&#233; de maintenir des id&#233;es de sup&#233;riorit&#233; nationale ou raciale, dans la mesure o&#249; elles exercent une influence conflictuelle, g&#233;n&#233;rant de la suspicion et de la haine. Les maux qui pourraient &#234;tre les cons&#233;quences du maintien de cette doctrine d'&#233;lection ne sont pas contrebalanc&#233;s par le bien qu'elle est cens&#233; induire en inculquant un sentiment de respect de soi (&lt;i&gt;Judaism as a civilization&lt;/i&gt;, M. Kaplan, p.42). Ses arguments sont certes convaincants mais peut-on comprendre aussi diff&#233;remment cette notion et si toute id&#233;e de sup&#233;riorit&#233; est &#233;videmment &#224; bannir de notre th&#233;ologie, doit-on en m&#234;me temps nier toute id&#233;e de sp&#233;cificit&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Revenons au texte de l'Exode : &#171; &lt;i&gt;Veata&lt;/i&gt; et maintenant &lt;i&gt;im shamoa tishmeou&lt;/i&gt;, si vous &#233;coutez bien &lt;i&gt;bekoli&lt;/i&gt; ma voix, &lt;i&gt;oushemartem eth beriti&lt;/i&gt; et que vous gardez mon alliance&#8230; &#187;, vous serez un &lt;i&gt;am segoula&lt;/i&gt;. Le statut de &#171; &lt;i&gt;segoula&lt;/i&gt; &#187;, qui entra&#238;ne une particularit&#233; est un statut conditionnel de l'ob&#233;issance &#224; la voix divine. En d'autres termes, si Isra&#235;l n'&#233;coute pas la voix divine, qui reste encore &#224; &#234;tre d&#233;finie, Isra&#235;l ne sera pas un peuple &#171; &lt;i&gt;segoula&lt;/i&gt; &#187; particulier. Ce &#171; &lt;i&gt; im&lt;/i&gt; &#187; &#171; si &#187;, exprimant la condition est fondamental puisqu'il nie dans le texte un statut acquis par la naissance. C'est un comportement qui entra&#238;ne une sp&#233;cificit&#233; et seulement un comportement et cette fa&#231;on d'&#234;tre est accessible &#224; tous, pas seulement aux &lt;i&gt;benei Isra&#235;l&lt;/i&gt;. Le midrash nous le dit bien : &#171; Pourquoi la Torah a-t-elle &#233;t&#233; donn&#233;e dans le d&#233;sert ? parce que le d&#233;sert est&lt;i&gt; hefker&lt;/i&gt;, n'appartient &#224; personne, de m&#234;me les paroles de la Torah sont disponibles pour tous, que personne ne dise je suis un fils de la Torah , car la Torah m'a &#233;t&#233; donn&#233;e &#224; moi et &#224; mes anc&#234;tres ; mais vous et vos anc&#234;tres n'&#234;tes pas des fils de la Torah ! (Tan. N. Vayakhel 8 et Tehilim 1 :18) &#187;. Ainsi de tout temps les personnes qui ont souhait&#233; se rapprocher du juda&#239;sme et m&#234;me se convertir ont pu le faire. Abraham et Sarah sont d&#233;crits dans le Talmud (Soukka 49b) comme &#233;tant les premiers juifs par choix, puis &#224; chaque g&#233;n&#233;ration, y compris m&#234;me quand le pros&#233;lytisme &#233;tait puni de peine de mort par les nations dans lesquelles le peuple juif vivait, des non-juifs se sont converti au juda&#239;sme. Certains historiens vont m&#234;me jusqu'&#224; expliquer la survie du peuple juif par l'apport des conversions (cf. Baron et Klausner). Le message de la Torah est donc accessible &#224; tous mais il ne doit en aucun cas &#234;tre impos&#233; dans un pros&#233;lytisme actif. Le fait de dire que nous ayons re&#231;u la Torah reconna&#238;t une sp&#233;cificit&#233; juive mais le message de la Torah est quant &#224; lui universel. Tout comme pour le son du&lt;i&gt; shofar&lt;/i&gt; qui part de la plus petite extr&#233;mit&#233; de la corne vers la plus grande, le message de la Torah est diffus&#233; du petit nombre au plus grand nombre et c'est ainsi qu'il peut &#234;tre entendu. A. Heschel disait nous sommes un peuple de messagers qui avons oubli&#233; le message&#8230;. Et l'on peut affirmer l'&#233;gale dignit&#233; de tous les peuples tout en maintenant que chacun a une sp&#233;cificit&#233;, un don particulier. Chaque civilisation a excell&#233; dans un domaine et s'est appuy&#233;e sur les d&#233;couvertes d'autres dans des domaines diff&#233;rents. L'Egypte est connue pour les math&#233;matiques, Babylone pour la science, la Gr&#232;ce pour la sculpture et le th&#233;&#226;tre, Rome pour l'architecture, l'Inde pour sa philosophie, la France pour son art et sa litt&#233;rature, la Chine pour sa cuisine, la Hollande pour sa peinture, la civilisation arabe pour sa grammaire. Refuser l'id&#233;e d'&#233;lection ne signifie donc pas affirmer que tout &#234;tre humain a les m&#234;mes capacit&#233;s qu'un autre ou que tout groupe a le m&#234;me r&#244;le dans l'humanit&#233; que tout autre. Chaque civilisation a apport&#233; sa pierre &#224; l'humanit&#233; et c'est pour cette raison que nous devons promouvoir un mod&#232;le d'entraide et non de v&#233;rit&#233; ou de sup&#233;riorit&#233;. Le Rabbin John Rayner sugg&#232;re que nous abandonnions l'id&#233;e de peuple &#233;lu avec un article d&#233;fini. Nous serions non plus &#171; le &#187; peuple &#233;lu mais un peuple &#233;lu. L'&#233;lection pour lui n'est pas une r&#233;alit&#233; mais un id&#233;al puisque la fin du verset de l'Exode n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e : &lt;i&gt;veatem tiyou li mamlekheth kohanim vego&#239; kadosh&lt;/i&gt; &#187; vous serez pour moi une nation de pr&#234;tres et un peuple diff&#233;rent &#187;. Le verbe est ici au futur et non au pr&#233;sent. Il sugg&#232;re que le juda&#239;sme a le potentiel d'&#234;tre &#171; &lt;i&gt; une force mod&#233;ratrice et civilisatrice de l'humanit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Mais on peut ajouter &#224; cela deux autres interpr&#233;tations. Si sp&#233;cificit&#233; il y a, peut-&#234;tre que la n&#244;tre en tant que juifs- celle qui est explicit&#233;e dans la Torah qui est notre t&#233;moignage de civilisation- est de souligner que les &#234;tres humains sont dou&#233;s du libre-arbitre. Le peuple juif n'est pas un peuple choisi par Dieu mais un peuple qui choisit de choisir, qui met le choix et la responsabilit&#233; face &#224; ses choix en haut de l'&#233;chelle de ses priorit&#233;s. Chaque philosophie, chaque religion propose une vision du monde. Le juda&#239;sme nous dit que l'&#234;tre humain est responsable de ses actes. Il est l'&#233;lu du libre-arbitre ; il a la capacit&#233; de choisir, de dire oui ou non et d'assumer les cons&#233;quences de ses choix &#8211; le juda&#239;sme est un hymne &#224; la libert&#233; et &#224; la responsabilit&#233;. Mais n'oublions pas que c'est l'h&#233;breu qui est la grammaire de notre civilisation. Le terme &lt;i&gt;segoula&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; traduit par &#171; &#233;lu &#187; dans l'expression &#171; peuple &#233;lu &#187;. Il peut s'agir l&#224; d'un contresens. En effet la racine &lt;i&gt;samekh guimel daleth&lt;/i&gt; a un premier sens qui signifie acqu&#233;rir une propri&#233;t&#233; qui a de la valeur. C'est ainsi que le grand rabbin Zadoc Kahn le traduit par &#171; tr&#233;sor &#187; &lt;i&gt; mikol haamim&lt;/i&gt; entre tous les peuples &#187;.Mais cette racine a un deuxi&#232;me sens , elle signifie aussi adaptation, accommodation, caract&#233;ristique, et a donn&#233; l'adjectif &#171; capable de &#187; &lt;i&gt;mesougal&lt;/i&gt;. Peut-&#234;tre que la qualit&#233; sp&#233;cifique du peuple h&#233;breu c'est de savoir s'adapter. Ou bien dans une vision plus universelle, on peut dire que tout peuple est &lt;i&gt;segoula&lt;/i&gt; capable de quelque chose et c'est &#224; chaque peuple de trouver sa capacit&#233;, son don particulier, sa mission, sa sp&#233;cificit&#233; dans le paysage de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Et pour finir, &lt;i&gt;segol&lt;/i&gt;, c'est aussi la couleur violette. Le violet dans l'alphabet des couleurs est la derni&#232;re couleur de l'arc-en-ciel ; elle est souvent associ&#233;e &#224; l'&#233;l&#233;vation de l'esprit, &#224; la sagesse, &#224; la transcendance, &#224; l'int&#233;grit&#233; et &#224; l'honn&#234;tet&#233;. Peut-&#234;tre que telle est notre mission au milieu des autres peuples qui portent d'autres couleurs. Dans l'arc-en-ciel des couleurs, chaque peuple a sa place et doit &#234;tre &#224; la hauteur des capacit&#233;s que l'Eternel lui a accord&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;b&gt;Rabbi Pauline Bebe&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Erev Rosh hashana 5769</title>
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		<dc:date>2008-10-06T14:30:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>le rabbin Pauline Bebe</dc:creator>

<category domain="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique15">Drashot du rabbin Pauline BEBE</category>


		<description>J'ai, tu as, il a, nous avons, vous avez, ils ont. Je suis, tu es, il est, nous sommes, vous &#234;tes, ils sont. Nous connaissons tous ces conjugaisons, premi&#232;res r&#232;gles de grammaire apprises &#224; l'&#233;cole, premi&#232;res organisations de la pens&#233;e, premier &#233;grenage d'unit&#233; de sens qui nous font penser le monde en termes d'&#234;tre ou d'avoir &#224; moins qu'ils n'expriment notre mani&#232;re de pens&#233;e en termes de possession ou d'&#233;tat. Suis-je ce que j'ai ou (...)

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&lt;a href="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;Drashot du rabbin Pauline BEBE&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;J'ai, tu as, il a, nous avons, vous avez, ils ont.
Je suis, tu es, il est, nous sommes, vous &#234;tes, ils sont.
Nous connaissons tous ces conjugaisons, premi&#232;res r&#232;gles de grammaire apprises &#224; l'&#233;cole, premi&#232;res organisations de la pens&#233;e, premier &#233;grenage d'unit&#233; de sens qui nous font penser le monde en termes d'&#234;tre ou d'avoir &#224; moins qu'ils n'expriment notre mani&#232;re de pens&#233;e en termes de possession ou d'&#233;tat. Suis-je ce que j'ai ou bien poss&#233;dai-je mon &#234;tre ? Peut-on penser en d'autres termes que ce clivage entre l'&#234;tre et l'avoir ? N'exprimons-nous pas notre rapport &#224; l'autre, &#224; ce qui nous entoure depuis nos premiers balbutiements par ces deux id&#233;es. &#171; C'est &#224; moi ! &#187; crie le petit enfant &#224; qui un autre prend son jouet. &#171; Tu es mienne &#187;, dit l'amoureux &#224; sa bien-aim&#233;e dans un &#233;lan de possession. &#171; Je le veux &#187;, dit l'adolescent devant une toute derni&#232;re invention technologique. C'est mon mari, ma femme, mon ami, ma voiture, mon livre, ma pens&#233;e, mon id&#233;e : cela m'appartient. Ainsi le monde semble &#234;tre organis&#233;, class&#233;, r&#233;pertori&#233; entre ce qui est et ce qui n'est pas &#224; moi ou &#224; l'autre. Trois des dix paroles, dix commandements se font l'&#233;cho de ce fonctionnement : &#171; Tu n&#8216;auras point d'autres dieux que Moi &#187; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;lo yiy&#233; lekha elohim aherim al pana&#239;&lt;/i&gt;, &#171; tu ne voleras pas &#187; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;lo tignov&lt;/i&gt;, &#171; tu ne convoiteras pas &#187; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;lo tahmod&lt;/i&gt;, et pourtant la langue h&#233;bra&#239;que semble &#234;tre r&#233;ticente &#224; cette conception bipolaire du monde : en effet les verbes &#234;tre et avoir n'existent pas en h&#233;breu ! Impossible de traduire, j'ai donc je suis ou je suis donc j'ai. Que nous dit l'h&#233;breu et la pens&#233;e juive &#224; ce sujet ? Peut-on &#234;tre sujet sans avoir, peut-on avoir sans &#234;tre ? Doit-on opposer un monde de l'&#234;tre ou l'avoir est banni, un monde des id&#233;es, de la contemplation, du partage, de l'essence, &#224; un monde de l'avoir, de la possession, de la jalousie, de l'action, du r&#233;el ? Existe-t-il une alternative &#224; ce manich&#233;isme ? Ces deux mondes sont-ils irr&#233;conciliables comme le disent les philosophes grecs en distinguant une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vita contemplativa&lt;/i&gt;, une vie contemplative consacr&#233;e &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233;, d'une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vita activa&lt;/i&gt;, une vie active domin&#233;e par les passions et la possession ou bien existe-t-il un compromis, un juste milieu qui nous permette d'avoir avec la l&#233;g&#232;ret&#233; de l'&#234;tre et d'&#234;tre avec l'enracinement de l'avoir ?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;En h&#233;breu le mot &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;hafets&lt;/i&gt; signifie la fois le d&#233;sir et l'objet du d&#233;sir. La langue h&#233;bra&#239;que nous dit subtilement que le d&#233;sir peut transformer l'objet du d&#233;sir en simple objet. Il devient &#171; chose &#187; au lieu d'&#234;tre un &#171; &#234;tre &#187;. Il perd son &#226;me parce qu'il est poss&#233;d&#233;. Lorsque que l'on veut l'autre comme un objet, on lui vole son &#226;me. Ainsi le commandement &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;al tignov&lt;/i&gt; &#171; tu ne voleras pas &#187; est interpr&#233;t&#233; par les rabbins comme interdisant un vol des objets et un vol des personnes ou des &#226;mes. Voler l'&#226;me de quelqu'un, c'est lui refuser son ultime libert&#233;, sa libert&#233; d'&#234;tre. On d&#233;sire le poss&#233;der, il ne peut plus &#234;tre un &#234;tre &#224; part, qui pense et agit par lui-m&#234;me. Le v&#233;ritable amour n'est pas la possession de l'autre qui est d&#233;poss&#233;d&#233; de son &#226;me, de son &#234;tre, mais l'union de deux &#234;tres s&#233;par&#233;s qui pensent librement et individuellement. Aimer l'autre, c'est le laisser vous surprendre, vous &#233;chapper. Eric Fromm d&#233;crit la honte d'Adam et Eve d'&#234;tre nus comme la difficult&#233; &#224; se voir diff&#233;rents l'un de l'autre : &#171; [&#8230;] &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quand l'Homme et la Femme deviennent pleinement humains, c'est &#224; dire dou&#233;s de raison, conscients du bien et du mal, conscients d'eux-m&#234;mes en tant qu'&#234;tres distincts, conscients de ce que leur unicit&#233; est rompue et qu'ils sont devenus &#233;trangers l'un &#224; l'autre. Ils sont tout pr&#232;s l'un de l'autre, et pourtant ils se sentent s&#233;par&#233;s, distants. Ils &#233;prouvent la honte la plus profonde qui puisse &#234;tre : celle de se trouver face &#224; face avec un semblable &#171; sans voile &#187; et en m&#234;me temps, de ressentir l'&#233;loignement mutuel, l'abysse indicible qui les s&#233;pare l'un de l'autre&lt;/i&gt; &#187;.(Avoir ou Etre, p.146). Pour qu'Adam et Eve se retrouvent, il faut qu'ils acceptent cette diff&#233;rence sans s'en accuser. Vouloir que l'autre soit comme soi-m&#234;me, un miroir de soi est une forme de despotisme et d'idol&#226;trie de soi. Une entreprise humaine, quelle qu'elle soit doit partir de la constatation que les pi&#232;ces qui la constituent sont vari&#233;es comme celles d'un puzzle. L'&#233;pisode de la tour de Babel nous le montre bien. : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vayehi kol haarets safa ehat oudevarim ahadim&lt;/i&gt; &#187;(Gen. 11 :1) Et voici que toute la terre avait une seule langue et des paroles semblables &#187;. Ce verset pr&#233;c&#232;de l'&#233;pisode de la tour de Babel o&#249; les &#234;tres humains veulent construire une tour qui atteint le ciel et par l&#224;-m&#234;me se faire un nom. Babel signifie la confusion. Les &#234;tres humains ne s'entendent plus et ne se comprennent plus pas parce qu'ils sont dans la diversit&#233; mais au contraire parce qu'ils voulaient tous imposer une mani&#232;re unique de penser. La confusion provient non pas de la vari&#233;t&#233; qui fait partie de notre univers biologique et qui est n&#233;cessaire &#224; son existence, mais de la volont&#233; d'une uniformit&#233;, que tous soient pareils, identiques. La volont&#233; de l'identique tue l'amour, l'amiti&#233;, le partenariat. &#171; Il ne pense plus comme moi &#187;, &#171; tu me surprends &#187; entend-on sur un ton r&#233;probateur. Si l'autre est autre, il est normal qu'il nous surprenne, qu'il nous prenne en d&#233;faut, qu'il nous rappelle l'&#233;thique, la questionne. Le conflit d'opinion est naturel voir salutaire s'il est accueilli comme occasion de progresser, d'avancer, s'il est le t&#233;moin de la libert&#233; radicale de l'autre dans la relation. Ainsi je ne dis pas ce que mon prochain veut m'entendre dire pour lui plaire mais je lui dis ce que je pense quitte &#224; le provoquer, le faire r&#233;fl&#233;chir, le faire bouger. Et c'est &#224; l'autre ou &#224; moi d'accepter la r&#233;primande, la remise en question, la suggestion et non la subjugation. Le v&#233;ritable dialogue doit partir du constat que nous sommes diff&#233;rents les uns des autres avec des histoires, des m&#233;moires, des exp&#233;riences qui nous font percevoir la r&#233;alit&#233; de mani&#232;re d&#233;cal&#233;e, qui font que nous pouvons &#234;tre des experts dans des domaines vari&#233;s avec des capacit&#233;s d'appr&#233;hender et d'analyser diff&#233;rentes et compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La possessivit&#233; radicale s'oppose donc &#224; la libert&#233;. Nous vivons dans un monde o&#249; l'avoir prend trop de place, nous &#233;touffe, o&#249; bien trop souvent on juge l'autre par ce qu'il a accumul&#233;, o&#249; plus on a, plus on est et &#224; l'inverse moins on a, moins on est. Les exc&#232;s de l'avoir nous font oublier d'&#234;tre car on s'aper&#231;oit vite qu'en courant apr&#232;s les possessions, la vie nous &#233;chappe. Le midrash dans un raccourci saisissant d&#233;crit le nouveau-n&#233;, naissant les poings ferm&#233;s et voulant poss&#233;der le monde, tandis que le vieillard sachant qu'il doit tout laisser meurt les mains ouvertes. Nous savons tous que ce n'est pas en ayant plus que l'on est plus heureux. La racine &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;kof noun h&#233;&lt;/i&gt; en h&#233;breu signifie acqu&#233;rir, acheter, et procurer, subjuguer, elle finit par d&#233;signer la jalousie. La jalousie est un sentiment souvent consid&#233;r&#233; comme n&#233;gatif. Elle est ainsi d&#233;finie : &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Attachement vif et ombrageux. Sentiment mauvais qu'on &#233;prouve en voyant un autre jouir d'un avantage qu'on ne poss&#232;de pas ou qu'on d&#233;sirerait poss&#233;der exclusivement ; inqui&#233;tude qu'inspire la crainte de partager cet avantage, peur de le perdre au profit d'autrui&lt;/i&gt; &#187;(Petit Robert). Pourtant la Bible nous parle de el kana traduit habituellement par &#171; Dieu jaloux &#187;. Est-il possible qu'un Dieu soit jaloux comme une personne de qui notre attention serait d&#233;tourn&#233;e ? On peut se demander si la jalousie est la face sombre n&#233;cessaire de l'amour. Car au fond, une relation unique pourrait dicter une forme d'exclusivit&#233; qui lui pr&#233;serverait sa valeur. L'emploi de cette racine &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;kon&#233;&lt;/i&gt; dans un autre contexte peut nous &#233;clairer &#224; ce sujet. L'Eternel est d&#233;crit comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;kon&#233; shamayim vaarets&lt;/i&gt;, il ne s'agit pas l&#224; d'un &#171; dieu jaloux du ciel et de la terre &#187; ce qui n'aurait aucun sens, si ce n'est dans une vision panth&#233;iste bien &#233;loign&#233;e du juda&#239;sme. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Kon&#233;&lt;/i&gt; signifie ici &#171; cr&#233;ateur du ciel et de la terre &#187; et d&#233;signe cette relation tr&#232;s particuli&#232;re entre le cr&#233;ateur et la chose cr&#233;&#233;e. Que ce soit un livre, une &#339;uvre artistique, un enfant, toute chose cr&#233;&#233;e &#233;chappe &#224; son auteur et a sa vie propre. C'est peut-&#234;tre aussi en cela que l'&#233;pisode du jardin d'Eden est une exp&#233;rience tant pour les &#234;tres humains, symbolis&#233;s par leurs prototypes Adam et Eve, que pour leur Cr&#233;ateur divin. Lorsque Adam et Eve contreviennent &#224; l'ordre divin, non seulement ils deviennent libres et responsables du bien et du mal mais leur Cr&#233;ateur devient conscient de leur libert&#233;. L'enfant quitte le nid &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ken&lt;/i&gt; de ses parents suscitant fiert&#233; et joie d'une part mais aussi inqui&#233;tude et tristesse. Ainsi le v&#233;ritable apprentissage de l'amour n'est-il pas de savoir ouvrir les bras apr&#232;s l'&#233;treinte ? Renoncer &#224; un peu d'avoir, pour permettre &#224; l'autre d'&#234;tre. Mais si les exc&#232;s de l'avoir sont dangereux parce qu'ils &#233;touffent l'&#234;tre, faut-il pour autant renoncer d&#233;finitivement &#224; toute forme de possession, d'avoir ?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Les dangers de l'avoir ont pu inciter certaines philosophies &#224; vouloir bannir toutes formes de possessions mat&#233;rielles, et &#224; vouloir s'&#233;lever dans la spiritualit&#233;. Nier nos d&#233;sirs et nos plaisirs en pensant soit moins souffrir, soit &#234;tre dans le pur et le vrai. L&#224; aussi l'exc&#232;s d'&#234;tre n'est pas bon. La Tora nous dit que nous sommes des &#234;tres &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bassar vadam&lt;/i&gt;, de chair et de sang. M&#234;me si nous ne voulons pas nous laisser gouverner uniquement par le d&#233;terminisme naturel, nous faisons parti de la nature. Nous naissons et nous mourrons comme les animaux, nous devons nous nourrir et satisfaire nos besoins naturels. Nous ne sommes pas des anges. Lorsque nous voulons oublier notre corps, celui-ci nous rappelle &#224; l'ordre. Dans le pur &#234;tre rien ne peut exister. Nous ne pouvons nous d&#233;sincarner. Le monde des id&#233;es n'est pas pour le juda&#239;sme le monde sup&#233;rieur tandis que les plaisirs de la chair appartiendrait &#224; un monde inf&#233;rieur comme le soutient la philosophie platonicienne. Un midrash raconte que Mo&#239;se voulait rester avec Dieu sur le mont Sina&#239; plut&#244;t que de redescendre vers le peuple et d'affronter la r&#233;alit&#233;. Il go&#251;tait &#224; la solitude, au dialogue avec Dieu et &#224; la spiritualit&#233;, &#224; l'ivresse du mysticisme. Lorsque la r&#233;alit&#233; nous fait souffrir, combien d'entre nous veulent se retirer de la vie, se mettre entre parenth&#232;se, parce que nous avons failli &#224; notre propre d&#233;finition de l'&#233;thique, parce que d'autres l'ont fait ou tout simplement parce que le quotidien nous pr&#233;sente des choix trop difficiles, parfois corn&#233;liens. Le retrait n'est pas une option, nous dit le juda&#239;sme, les parenth&#232;ses ne font pas parties du clavier de la vie : Dieu dit &#224; Mo&#239;se de descendre et d'affronter le monde des idoles, du veau d'or, de la violence et de la duplicit&#233; parce que tout cela fait aussi partie de l'humanit&#233;. La vie est un combat, nous devons nous battre tout en recherchant la paix et en travaillant &#224; son av&#232;nement. La yeshiva, le retrait dans l'&#233;tude constante n'est pas non plus une option car les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pirkei Avoth&lt;/i&gt;(Trait&#233; des Principes) nous disent qu'il faut avoir un m&#233;tier et le Talmud qu'il faut sortir pour voir&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; ts&#233; oulemad&lt;/i&gt; ce que font les gens &#224; l'ext&#233;rieur des quatre murs d'une maison d'&#233;tudes. Pas moyen donc d'&#233;viter de se frotter au r&#233;el, pas moyen d'&#234;tre dans la philosophie pure, le monde onirique et &#233;th&#233;r&#233; des id&#233;es. Aucune th&#233;orie ne vaut la peine d'&#234;tre &#233;nonc&#233;e si elle n'a pas ses applications pratiques. C'est ainsi que nous pouvons lire dans le trait&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Kiddoushin&lt;/i&gt; (34a) &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nous ne pouvons apprendre de principes g&#233;n&#233;raux, m&#234;me si les exceptions sont cit&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Une th&#233;orie qui ne se v&#233;rifie pas dans la r&#233;alit&#233; ne peut &#234;tre maintenue comme principe de vie. La solitude n'est pas non plus un rem&#232;de. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lo tov h&#233;yoth hadam levado&lt;/i&gt; il n'est pas bon que l'&#234;tre humain soit seul &#187; dit la Gen&#232;se. Le mot ish qui d&#233;signe l'humain signifie &#171; &#234;tre avec &#187;. L'&#234;tre humain est un &#234;tre sociable m&#234;me si la vie en soci&#233;t&#233; est un casse-t&#234;te et son organisation fonctionnelle un d&#233;fi constant. On ne peut faire fi de l'avoir ni par une suppression hypocrite des passions, ni par l'&#233;limination du priv&#233; ou de la propri&#233;t&#233;. Nombreuses lois du Talmud r&#233;gissent la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Le domaine public &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;reshouth harabim&lt;/i&gt; est s&#233;par&#233; du domaine priv&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;reshout hayahid&lt;/i&gt; car l'&#234;tre humain sans pour autant se retirer dans sa propri&#233;t&#233; priv&#233;e a besoin de s'isoler de temps &#224; autre, de construire une bayit, une maison, un foyer dans lequel il va imprimer sa marque, sa personnalit&#233;. M&#234;me ceux qui n'ont pas la chance d'avoir un toit fixe d&#233;sirent avoir un coin &#224; eux, un espace de fortune, un lieu d'habitude. Le Professeur Tamara Eskenazi d&#233;crivait dans un de ses cours un dessin qu'elle avait accroch&#233; sur la porte de son bureau. Itshak enfant courait derri&#232;re un chameau tenu par son p&#232;re dans le d&#233;sert. Et il posait la sempiternelle question : &#171; Papa, on est bient&#244;t arriv&#233; ? &#187; Et le p&#232;re r&#233;pondait exasp&#233;r&#233; &#171; mais non mon fils, on est des nomades ! &#187;. Certes Abraham a le courage de quitter le chez lui paternel mais c'est pour aller vers une terre promise,pas pour errer perp&#233;tuellement. Il est d&#233;sign&#233; comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;guer vetoshav&lt;/i&gt;, &#233;tranger r&#233;sident. Il deviendra propri&#233;taire d'une parcelle de cette terre &#224; force de n&#233;gociation : le caveau de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Makhpela&lt;/i&gt; pour y enterrer sa femme. Le nomadisme est une &#233;tape ou un &#233;tat d'esprit. Il emp&#234;che l'installation permanente, l'immobilisme mais nous avons tous besoin d'un chez nous avec des murs bien concrets sur lesquels nous pouvons nous appuyer, imprimer notre marque. La tente est n&#233;cessaire, elle est la limitation d'un chez soi. Les nomades qu'&#233;taient nos anc&#234;tres avaient des petits temples ou maisons portatives. Puis ils se sont install&#233;s tout en gardant comme symboles ces &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;soukkoth&lt;/i&gt; ces cabanes qui nous rappellent que nous ne devons pas trop nous appuyer sur les possessions mat&#233;rielles. Et les mystiques nous invitent &#224; transformer nos maisons et nos c&#339;urs en &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mikdash meath&lt;/i&gt; en petit temple.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Le monde moderne avec la t&#233;l&#233;vision et ses &#233;missions qui d&#233;voilent le priv&#233; et l'&#233;talent en public, internet avec l'acc&#232;s &#224; la vie priv&#233; des abonn&#233;s sur des r&#233;seaux internationaux nous montrent les cons&#233;quences de l'effacement des fronti&#232;res entre le priv&#233; et le public. L'exposition du priv&#233; au public transforme le public en voyeurs et prive les personnes priv&#233;es de leurs secrets. Elles ne sont plus que des objets de marketing qui font monter un audimat traduit p&#233;cuniairement. L'effacement des fronti&#232;res du priv&#233; d&#233;shumanise et appauvrit la notion d'avoir et d'&#234;tre. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ma tovou ohal&#233;kha yaakov&lt;/i&gt;, quelles sont belles tes tentes Jacob, tes demeures Isra&#235;l, dit le proph&#232;te Bilam. Elles sont belles, commentent les rabbins parce que leurs fen&#234;tres sont d&#233;cal&#233;es, ne pr&#233;sentent pas de vis &#224; vis. La honte qu'&#233;prouvent Adam et Eve en se voyant nus est aussi peut-&#234;tre la honte du d&#233;voilement du priv&#233; en public. Le juda&#239;sme nous demande ni d'&#234;tre dans la possession uniquement ni dans le pur &#234;tre. Regardons comment l'&#233;pisode de Ca&#239;n et Abel est pr&#233;sent&#233;. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Kain&lt;/i&gt; est appel&#233; ainsi par sa m&#232;re parce qu'elle est dans la possession de son premier enfant. Elle lui interdit d'&#234;tre. Le mod&#232;le qu'elle lui donne lui rend impossible l'id&#233;e m&#234;me d'avoir un fr&#232;re avec qui partager sa m&#232;re. &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Kaniti ish eth adona&#239;&lt;/i&gt; : j'ai acquis un homme avec l'Eternel &#187;. Soit Eve veut poss&#233;der la divinit&#233;, en faire une idole, soit sa relation &#224; son fils est tellement ferm&#233;e qu'elle le transforme en objet &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;hafets&lt;/i&gt; qu'elle a acquis. N&#233; sur le mod&#232;le de l'acquisition, il doit tuer celui qui veut partager sa m&#232;re avec lui. Il porte la jalousie &#224; son paroxysme. Il a d&#251; dire comme tant d'enfants &#171; Tu es ma m&#232;re &#224; moi tout seul &#187;. Mais cette m&#232;re ne lui a pas oppos&#233; un non, une limitation du moi. L'id&#233;e de partager sa m&#232;re avec un autre &#234;tre lui est insupportable, il ne lui reste plus qu'&#224; tuer son fr&#232;re Abel. Il con&#231;oit aussi de la jalousie &#224; l'&#233;gard de Dieu qui pr&#233;f&#232;re l'offrande d'Abel son fr&#232;re. Il voulait aussi l'amour exclusif de Dieu. Encore une autre raison de se d&#233;barrasser de la source de jalousie : son fr&#232;re. Dans le rapport entre les religions, on peut parfois d&#233;celer l'attitude de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ka&#239;n&lt;/i&gt; qui dit : &#171; je suis plus pr&#232;s de Dieu &#187; ou &#171; je suis le seul &#224; d&#233;tenir la v&#233;rit&#233; &#224; propos du divin &#187;. L'autre devient alors un usurpateur &#224; &#233;liminer.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Quant &#224; Abel ; il est l'exc&#232;s inverse, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;hevel&lt;/i&gt; le souffle, il est d&#233;sincarn&#233;, tant et si bien qu'il est condamn&#233; &#224; mourir. Il faudra attendre la fratrie suivante Jacob et Esa&#252;, - et Jacob tient Esa&#252; par le talon- pour que l'&#234;tre et l'avoir se r&#233;concilient malgr&#233; de nombreux soubresauts et vingt ann&#233;es de s&#233;paration. Quel mod&#232;le propose donc le juda&#239;sme dont l'h&#233;breu ne sait grammaticalement ni exprimer l'&#234;tre ni l'avoir ?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Reprenons le r&#233;cit de la cr&#233;ation que nous r&#233;citons chaque vendredi soir &#224; l'occasion du kiddoush : &#171; C'est ainsi que furent termin&#233;s les cieux et la terre et tous ce qu'ils renferment&#8230; &#187; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vayekhoulou hashamyim vehaarets vekhol tsevaam&lt;/i&gt;. A la fin de cet &#233;pisode de la cr&#233;ation appel&#233; par les rabbins &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;maass&#233; bereshith&lt;/i&gt; &#339;uvre du commencement, se trouve ce petit mot apparemment redondant. &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;laassoth&lt;/i&gt; &#187; pour faire. Dieu interrompt sa cr&#233;ation et nous entrons dans le shabbath divin pour que l'&#234;tre humain poursuive l'&#339;uvre de cr&#233;ation amorc&#233;e par Dieu. Le mod&#232;le du juda&#239;sme n'est ni celui de l'&#234;tre contemplatif, ni celui de l'avoir cumulatif mais du faire que l'on peut r&#233;sumer dans le mot &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#233;mouna&lt;/i&gt;, une forme d'engagement par les actes, la confiance. La &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#233;mouna&lt;/i&gt;, est une construction par des actes, des &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mitswoth&lt;/i&gt;, des commandements, qui demande un peu d'&#234;tre, mais qui n'est pas statique. Elle s'inscrit dans le devenir &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je serai qui Je serai&lt;/i&gt; &#187; dit Dieu. Etre n'est pas &#234;tre immobile mais &#234;tre dans la mouvance, le changement, la transformation. La &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;emouna&lt;/i&gt; demande aussi un peu d'avoir, la conscience des plaisirs mat&#233;riels, avoir un toit, se nourrir, rien d'excessif, mais comme le Talmud nous le dit &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;dans le monde &#224; venir tu seras tenu pour responsable des plaisirs dont tu n'as pas su profiter dans ce monde ci&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Un peu d'&#234;tre, un peu d'avoir, beaucoup de faire, voici la recette du juda&#239;sme pour une vie pleine de sens. Amalgamer le tout et vous obtiendrez un r&#233;sultat d&#233;licieux la emouna, la confiance. Cette confiance nous permet de construire mettre une pierre sur une autre (le mot &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;emeth&lt;/i&gt; signifie &#224; la fois pierre et v&#233;rit&#233;) pour &#233;tablir une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;bayit&lt;/i&gt;, une maison. Cette maison est ouverte comme la lettre &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;beth&lt;/i&gt; qui la dessine. Elle est ferm&#233;e de trois c&#244;t&#233;s pour pr&#233;server une intimit&#233; n&#233;cessaire au d&#233;veloppement de l'&#234;tre mais elle est ouverte vers l'ext&#233;rieur, vers l'autre et la spiritualit&#233;. On appose une &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mezouza&lt;/i&gt; sur sa porte, qui contient un parchemin. La &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mezouza&lt;/i&gt; est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;kavoua&lt;/i&gt; fixe mais on peut y entrendre la racine &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;zouz&lt;/i&gt; bouger. Ce parchemin est un symbole d'ancrage et de mobilit&#233;, d'avoir et d'&#234;tre, de capture d'&#233;ternit&#233; dans l'instant comme une photographie d'un rayon lumineux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rabbin Pauline Bebe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Rabbi Akiva chercha &#224; les r&#233;veiller</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois</dc:creator>

<category domain="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique27">Le cours de midrash</category>


		<description>Rabbi Akiva haya yoshev vedoresh... (Midrash Bereshit Rabba 58:3) &lt;br /&gt;Rabbi Akiva &#233;tait assis et commentait, et son assembl&#233;e s'endormait. &lt;br /&gt;Il chercha &#224; les r&#233;veiller. Il dit... &lt;br /&gt;En ce d&#233;but du mois d'Adar II, le rabbin Bebe nous propose un midrash amusant, en relation avec la f&#234;te de Pourim. &lt;br /&gt;Imaginons la suite de ce midrash. &lt;br /&gt;Richard &lt;br /&gt;Et un auditeur lui r&#233;pondit &quot;Mais, ce n'est pas int&#233;ressant ce que vous racontez&quot;, et un autre ajouta &quot;Vous racontez toujours la m&#234;me chose&quot; et un autre &quot;Votre (...)


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&lt;a href="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;Le cours de midrash&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Rabbi Akiva haya yoshev vedoresh...&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; (Midrash Bereshit Rabba 58:3)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rabbi Akiva &#233;tait assis et commentait, et son assembl&#233;e s'endormait.&lt;br /&gt;
Il chercha &#224; les r&#233;veiller. Il dit...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En ce d&#233;but du mois d'Adar II, le rabbin Bebe nous propose un midrash amusant, en relation avec la f&#234;te de Pourim.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Imaginons la suite de ce midrash.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Richard&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Et un auditeur lui r&#233;pondit &quot;Mais, ce n'est pas int&#233;ressant ce que vous racontez&quot;, et un autre ajouta &quot;Vous racontez toujours la m&#234;me chose&quot; et un autre &quot;Votre voix est trop monotone&quot;, et un autre &quot;Vous ne parlez pas assez fort&quot; et un autre &quot;Il fait trop chaud ici&quot; et un autre &quot;On a trop bu &#224; midi&quot; et un autre &quot;Et trop mang&#233; aussi&quot; et les interventions se poursuivirent pendant tr&#232;s longtemps, tant que tous les membres du tzibour (auditoire) avaient quelque chose &#224; dire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et Rabbi Akiva comprit que chaque membre du tzibour avait besoin de s'exprimer et qu'il ne fallait pas qu'il accapare la parole, et il comprit que la plus grande sagesse est dans l'&#233;coute des autres et que cette sagesse est la plus difficile &#224; atteindre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Fran&#231;ois&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.cjl-paris.org/SP/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Bonjour David&lt;br /&gt;
Pas de r&#233;ponse !&lt;br /&gt;
Je l'appelle alors sur son portable.&lt;br /&gt;
D'une voix p&#226;teuse, il r&#233;pond :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.cjl-paris.org/SP/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Oui, qui m'appelle ?
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.cjl-paris.org/SP/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Mais c'est moi, je suis &#224; c&#244;t&#233; de toi. Il a fallu que je t'appelle sur ton portable pour que tu me r&#233;pondes ! Quel moyen va devoir utiliser le Saint b&#233;ni soit-Il pour que tu lui r&#233;pondes ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Odile&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Rabbi Akiva, d&#233;&#231;u du comportement de l'assembl&#233;e, se mit &#224; chanter.&lt;br /&gt;
Peu &#224; peu, tous s'&#233;veill&#232;rent.&lt;br /&gt;
Face aux r&#233;primandes du rabbi, ils r&#233;pondirent :&lt;br /&gt;
&quot;Ces quelques minutes de repos nous ont &#233;t&#233; b&#233;n&#233;fiques, gr&#226;ce &#224; elles nous avons pu aller au fond de nous-m&#234;me et trouver les r&#233;ponses &#224; tes questionnements&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ren&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Rabbi Akiba leva la t&#234;te et contempla les membres de l'assembl&#233;e. Sur chaque visage il mettait un nom, lisait une histoire. Il entreprit alors de mettre son discours en lien avec les pr&#233;occupations de chacun. La Torah &#233;tait sur la terre, dans la vie quotidienne. Il &#233;voqua la naissance des enfants et les jeunes p&#232;res furent convoqu&#233;s &#224; l'&#233;coute, puis il parla de la bar mitsva, du mariage, des relations avec les voisins, la puret&#233;, la mort&#8230;Chacun entendit qu'il parlait de lui et soutint son attention.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Genevi&#232;ve&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Il se tut et le silence r&#233;veilla l'auditoire.&lt;br /&gt;
Au loin on entendit le pas cadenc&#233; d'une patrouille...&lt;br /&gt;
&#171; Si les Romains veulent nous surprendre, ils n'auront qu'&#224; lire la Thora, souligna malicieusement le rabbin &#187;.&lt;br /&gt;
Tous rirent et s'efforc&#232;rent de demeurer attentifs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Un peu de vocabulaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La racine &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;D-R-SH&lt;/strong&gt; signifie chercher, gratter, frapper le bl&#233; (pour en extraire le grain), effacer (dans le cas d'un site arch&#233;ologique par exemple), lire en r&#233;p&#233;tant, &#233;tudier, chercher un sens, consulter, exiger de quelqu'un.&lt;br /&gt;
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Darash mishpat&lt;/i&gt; : l'exigence de la justice&lt;br /&gt;
On trouve le mot &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;midrash&lt;/i&gt; une fois dans le Tanakh, dans 2Chr 24:27 :&lt;br /&gt;
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Al-midrash sefer hamelakhim&lt;/i&gt; &quot;Dans le commentaire du livre des Rois&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;'Our (Aiyn-Vaw-Resh)&lt;/strong&gt; : se lever, se r&#233;veiller&lt;br /&gt;
C'est la m&#234;me racine que&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; 'Ir&lt;/i&gt; la ville, le lieu de l'agitation&lt;br /&gt;
et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;'Or&lt;/i&gt; la peau, qui est expos&#233;e, &#224; nu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Esther&lt;/strong&gt; ce nom vient de la d&#233;esse Ishtar (Astart&#233;e), nom de l'&#233;toile de V&#233;nus, qui a donn&#233; en anglais star, en latin stella, en fran&#231;ais &#233;toile.&lt;br /&gt;
En h&#233;breu, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;satar&lt;/i&gt; (Samekh, Taw, Resh) signifie couvrir, cacher&lt;br /&gt;
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sitrah&lt;/i&gt; : le c&#244;t&#233; dangereux, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;mistar&lt;/i&gt; : le secret&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Traduisons la suite du midrash :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'est-ce qu'a vu Esther pour qu'elle ait pu r&#233;gner sur cent vingt sept pays ?&lt;br /&gt;
Mais il est venu &#224; l'esprit d'Esther qu'elle &#233;tait la descendante de Sarah qui a v&#233;cu cent vingt sept ans, et elle a cherch&#233; &#224; r&#233;gner sur cent vingt sept pays.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Les pratiques religieuses sont-elles actualisables ?</title>
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		<dc:date>2008-03-02T09:29:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; &#233;lie Bokobza</dc:creator>

<category domain="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique23">Etudes</category>


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&lt;a href="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique23" rel="directory"&gt;Etudes&lt;/a&gt;


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		<title>Quand les anges ont-ils &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s ?</title>
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		<dc:date>2008-03-02T09:19:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois</dc:creator>

<category domain="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique27">Le cours de midrash</category>


		<description>Eimati nivraou hamelakhim ? (Midrash Rabba, 1:3) &lt;br /&gt;A partir de quand les anges ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s ? &lt;br /&gt;C'est ainsi que commence le midrash que nous &#233;tudions cette semaine. &lt;br /&gt;Apr&#232;s avoir traduit cette phrase, le rabbin Bebe nous demande de r&#233;fl&#233;chir quelques instants, et d'&#233;crire chacun une suite &#224; ce midrash. &lt;br /&gt;Odile : &lt;br /&gt;Dieu a tr&#232;s vite regrett&#233; d'avoir cr&#233;&#233; les &#234;tres humains et se d&#233;solait d'avoir &#224; g&#233;rer les discordes qui les divisaient. &lt;br /&gt;Ainsi a-t-il cr&#233;&#233; les anges, &#234;tres espi&#232;gles et mutins mais (...)


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&lt;a href="http://www.cjl-paris.org/SP/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;Le cours de midrash&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Eimati nivraou hamelakhim ?&lt;/i&gt; (Midrash Rabba, 1:3)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;A partir de quand les anges ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
C'est ainsi que commence le midrash que nous &#233;tudions cette semaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s avoir traduit cette phrase, le rabbin Bebe nous demande de r&#233;fl&#233;chir quelques instants, et d'&#233;crire chacun une suite &#224; ce midrash.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Odile&lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
Dieu a tr&#232;s vite regrett&#233; d'avoir cr&#233;&#233; les &#234;tres humains et se d&#233;solait d'avoir &#224; g&#233;rer les discordes qui les divisaient.&lt;br /&gt;
Ainsi a-t-il cr&#233;&#233; les anges, &#234;tres espi&#232;gles et mutins mais d&#233;pourvus de convoitise et pr&#234;ts &#224; venir en aide &#224; tout &#224; chacun.&lt;br /&gt;
Leur fonction d&#233;corative pouvait en outre &#234;tre utile...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Richard&lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
Lorsque Dieu s'est mis &#224; parler, Il pronon&#231;a une infinit&#233; de mots et de phrases...&lt;br /&gt;
Pendant une &#233;ternit&#233; Il soupesa les avantages et les inconv&#233;nients de parler seul.&lt;br /&gt;
Cela ne pouvait d&#233;ranger personne car Il n'avait pas de voisins. Quant au contenu de ce qu'Il disait, tout &#233;tait de la Parole Divine, parfaite et immuable.&lt;br /&gt;
Au milieu de la vaste &#233;ternit&#233; Dieu pronon&#231;a le mot &quot;solitude&quot; dont, par Son omniscience, Il connaissait parfaitement le sens, bien que concr&#232;tement Il ne l'ait jamais &#233;prouv&#233;e.&lt;br /&gt;
Pour se passer d'une compagnie, il faut que celle-ci exista ou ait exist&#233;, alors Il d&#233;cida de se la procurer et &#224; partir de l&#224;, rien ne fut plus comme avant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Ren&#233;e&lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
Dieu cr&#233;a l'&#234;tre humain &#224; son image en lui donnant la capacit&#233; de penser et de choisir entre le Bien et le Mal. Et l'Humain penchait trop souvent vers le Mal.&lt;br /&gt;
Quand Il constata ce travers, Dieu d&#233;cida de cr&#233;er un nouvel &#234;tre qui &#233;chapperait &#224; cette tentation et, ignorant le Bien et le Mal, serait un prolongement de sa volont&#233; et aurait une fonction de messager. Et il cr&#233;a les anges, interm&#233;diaires entre Lui et les hommes, car les hommes n'auraient jamais le droit de Le voir en face !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Fran&#231;ois&lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
Quand l'Eternel parla &#224; Mo&#239;se au buisson ardent, il lui parla directement.&lt;br /&gt;
Quand Il lui remit la Torah au Sina&#239;, il lui parla directement.&lt;br /&gt;
Quand l'Eternel s'adressa &#224; Adam haRishon, il lui parla directement.&lt;br /&gt;
Mais les hommes ont toujours eu peur du face &#224; face avec le Saint, b&#233;ni soit-Il. C'est pourquoi Il leur a envoy&#233; ses messagers.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Catherine&lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
Rabbi x se prom&#232;ne.&lt;br /&gt;
Il se retrouve face &#224; un ruisseau qu'il ne peut franchir.&lt;br /&gt;
Il est inquiet et regarde tout autour de lui ; soudain ses pas le m&#232;nent vers un petit pont qui &#233;tait invisible &#224; ses yeux.&lt;br /&gt;
Il regarde vers le ciel et remercie son ange.&lt;br /&gt;
Les anges ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s quand le Saint b&#233;ni soit-Il s'est aper&#231;u
que, seuls, les hommes ne pouvaient d&#233;passer les obstacles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Genevi&#232;ve&lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
Le Saint b&#233;ni soit-Il d&#233;cida de se cr&#233;er une compagnie ; Il fit cette cr&#233;ature immat&#233;rielle et parfaite, sans aucun besoin, sans autre d&#233;sir que Le satisfaire, mais sans nom ; naturellement, ayant &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e, elle n'avait pas le pouvoir de cr&#233;er. Mais l'Unique eut l'id&#233;e d'une cr&#233;ature perfectible, et non parfaite, capable de Lui tenir t&#234;te ; mat&#233;rielle : il lui faudrait donc aussi des v&#234;tements et de la nourriture, et pour cela il fallait de la terre, et de l'eau&#8230;et ainsi de suite.&lt;br /&gt;
&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ber&#233;chit bara Elohim eth hashama&#239;m veeth haaretz haieta tohou vavohou ve&lt;u&gt;h&lt;/u&gt;oshekh al penei tehom&lt;/i&gt;...&lt;br /&gt;
La cr&#233;ature le regarda faire, admirative et inqui&#232;te : c'&#233;tait merveilleux, cette lumi&#232;re distincte des t&#233;n&#232;bres, ces eaux qui se s&#233;paraient, mais quel serait d&#233;sormais son r&#244;le ?&lt;br /&gt;
&#171; Ne t'inqui&#232;te pas, lui dit-Il ; tu me serviras comme messager, et Je t'assure que tu ne manqueras pas de travail ! &#187;&lt;br /&gt;
Et Il se remit &#224; l'ouvrage.&lt;br /&gt;
Au soir du cinqui&#232;me jour, l'ange eut un doute, devant la complexit&#233; de la Cr&#233;ation : ce qui allait na&#238;tre le lendemain lui paraissait d&#233;passer ses capacit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.cjl-paris.org/SP/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; &#171; Fragmente-moi, je Te prie, que je puisse mieux Te servir &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.cjl-paris.org/SP/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Mais tu &#233;tais unique, comme Moi ; consens-tu &#224; perdre cela ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.cjl-paris.org/SP/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; pour Te servir, que ne ferais-je ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.cjl-paris.org/SP/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; alors soit ; pour compenser ta perte, Je te nomme &#171; anges &#187; et chaque fois qu'un homme vous &#233;coutera, c'est par toi que Je lui permettrai de participer &#224; Ma cr&#233;ation. &#187;&lt;br /&gt;
Et l'ange, &#233;perdu de reconnaissance, se mirent &#224; chanter les louanges du Saint b&#233;ni soit-Il.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s cet exercice, nous avons, comme habituellement, proc&#233;d&#233; &#224; la traduction comment&#233;e, &#224; tour de r&#244;le, de chaque phrase.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rabbi Yohanan dit :&quot; [les anges furent cr&#233;&#233;s] le deuxi&#232;me [jour]&quot;.&lt;br /&gt;
Rabbi Hanina dit : &quot;le cinqui&#232;me&quot;.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Rabbi Louliani bar Tavri dit au nom de Rabbi Itshaq :&lt;br /&gt;
&quot;Tous conviennent que rien ne fut cr&#233;&#233; le premier jour, pour qu'on ne dise pas :&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Micha&#235;l a d&#233;ploy&#233; dans le sud du firmament et Gabriel dans le nord&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;et le Saint b&#233;ni soit-Il l'a &#233;tendu au centre&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais&lt;/strong&gt; &quot;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Moi, l'Eternel, j'ai tout fait.&lt;br /&gt;
J'ai &#233;tendu la terre par moi seul&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; (m&#233;-iti).&quot; (Is. 44:24).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Il est &#233;crit&lt;/strong&gt; &quot;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Qui &#233;tait avec Moi ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&quot; (mi-iti)&lt;br /&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Qui &#233;tait associ&#233; avec Moi dans la cr&#233;ation du monde ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Est-ce que le r&#244;le des anges, ce ne serait pas de montrer qu'on ne peut pas agir seul, mais en partenariat ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le mot h&#233;breu pour d&#233;signer un messager, un ange est &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mela'khim&lt;/i&gt;, de la racine Mem, Aleph, Khaf (envoyer un messager).&lt;br /&gt;
Le mot mela'kha qui signifie &quot;travail&quot;, vient de la m&#234;me racine :&lt;br /&gt;
Travailler, c'est accomplir une mission (et non pas subir un supplice suivant l'&#233;tymologie latine de notre mot &quot;travail&quot; !).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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